Gap -  Hautes-Alpes

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Année 2019-2020


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Cette lecture a lieu un mercredi par mois.

 

Asta – Jon Kalman Stefansson – Traduction Eric Boury - Grasset, 2018


Rieykjavik, au début des années 50 . 1ere scène : une scène d’amour brulante entre Sigvaldi et Helga. Ils ont déjà une petite fille et bientôt va naître une seconde fille qu’ils vont nommer Asta. Le mot en islandais veut dire amour et il y a une héroïne de la littérature islandaise qui a le même prénom. Ils pensent ainsi donner toutes ses chances à leur petite fille.

30 ans plus tard, Sigvaldi n’est plus avec Helda, il est marié à Sigrid, sa seconde épouse donc et il s’occupe deSesselja, la fille d’Asta. Alors qu’il est peintre en bâtiment, il tombe d’une échelle ;  à demi inconscient il va revivre toute son existence depuis qu’il était enfant (une cinquantaine d’années plus tôt) et depuis la mort de son père, alors qu’il était avec son jeune frère dont il a promis de s’occuper. Ses souvenirs refont surface mais complètement mélangés, sans chronologie.

On suit en même temps la vie d’Asta, sa jeunesse traversée d’événements dramatiques : la mort de sa sœur, une jeune file pleine de douceur et de joie de vivre mais emportée par la maladie ; son internement en psychiatrie après une tentative de suicide ratée; la folie de sa mère qu’on a l’habitude de retrouver ivre morte sur la voie publique; son père qui n’a pas voulu la garder quand il s’est remarié et qu’il l’a confiée à une nourrice ;  une première expérience sexuelle ratée avec un certain Joï qu’elle a giflé, ce qui lui a valu d’être envoyée au fin fond d’un fjord complètement isolé,  chez un couple de paysans qui recueillaient des enfants à problèmes ; un séjour qui l’a éloignée de sa nourrice, une femme qu’elle aimait beaucoup. Mais une ferme où elle va rencontrer un garçon de son âge Josef, le grand amour de sa vie.
Et on va suivre comme ça la vie d’Asta : elle se raconte dans des lettres qu’elle envoie à son amant alors qu’elle est une vieille dame et que celui-ci vient de la quitter après 30 années de vie commune. On suit également sa vie à travers les pensées de Sigvaldi qui git toujours sur la chaussée, soutenu par une passante à qui il s’adresse.

Le livre est complètement déstructuré, non chronologique, à la manière d’un puzzle grandeur nature, dont il faut comprendre tous les pions et pour cela rester très attentif : on passe d’un personnage à un autre et on a des fois du mal à se rappeler qui il est; on passe d’une période à une autre, du passé pour un retour vers le présent.  Kristin, la fermière parfois se projette dans le passé, à un moment on est en 1910 et son entourage joue le jeu comme si on était en 1910. on passe d’une région à une autre, de Rieykjavik au fin fond d’un fjord de l’Ouest de l’Islande. A cela s’ajoutent les lettres d’Asta et s’ajoutent aussi des pages où le narrateur lui-même est parti pour un séjour lui aussi au fin fond d’un fjord mais cette fois-ci une région aménagée pour les touristes, l’occasion pour l’auteur de parler des problèmes du monde contemporain : la société de consommation, l’écologie …..
Une fresque familiale, une saga dont le centre est l’amour (amour filial, amour paternel, maternel, fraternel, passion amoureuse, des pages extraordinaires sur l’amour) une fresque  dans laquelle il faut accepter de se perdre, d’oublier les repères qu’on a quand on lit un roman chronologique, mais il y a une sorte de magie qui opère, grâce à une écriture lyrique, pleine de poésie et qui trouve les mots pour exalter tous les sentiments qui traversent le livre, en particulier l’amour, toutes les formes d’amour , le temps qui passe, la noirceur de la vie, la pulsion de vie chez tous ces personnages malgré les catastrophes qu’ils vivent.

C’est un roman foisonnant où il est aussi question de poésie (il y a quantité de références à des écrivains islandais, le frère de Sigvaldi est lui-même poète). On écoute continuellement de la musique avec des références surtout à Ella Fitzgerald, Elvis Presley, Nina-Simone, Billie Halliday. Et ce qui est extraordinaire c’est la place de la lecture dans ce livre. Ils ont tous à un moment ou à un autre un livre entre les mains, le fermier, la fermière, Asta bien sur, sa nourrice et il y a des échanges continuels sur la littérature islandaise.

Un livre rare sur lequel il faut s’arrêter.

Présentation : Anne-Marie Smith

 

Magnus - Sylvie Germain -Gallimard, 2005

Franz-Georges est un enfant allemand né juste avant guerre. De sa petite enfance, avant 5 ans, il n’a aucun souvenir. A 5 ans, apprend-on, il est tombé gravement malade et une forte fièvre a consumé en lui tous les mots, toutes ses connaissances fraîchement acquises. Il ne lui reste aucun souvenir, sa mémoire est aussi vide qu’au jour de sa naissance.
Sa mère va rééduquer son enfant et pour cela va lui restituer son passé en le lui racontant épisode par épisode. Elle va insister sur le côté héroïque de la famille :
-  deux frères de Thea, sa mère, des jumeaux Franz et Georges engagés chez les SS ont eu une mort héroïque à la guerre C’est pour honorer leur mémoire que le prénom des deux garçons a été donné à Franz-Georges.
- Le père, Clemens, est médecin mais il n’a pas de clientèle privée et ne travaille pas dans un hôpital. Il exerce son métier dans un petit village où il reçoit des patients par milliers, lui a dit sa mère. Il est très intimidé par son père qui n’accorde que peu d’attention à son fils. Mais celui-ci l’aime parce qu’il a une belle voix et il est subjugué quand il l’entend chanter.
- La mère s’occupe de son fils et organise des dîners avec des messieurs en bel uniforme, où l’on chante et où on écoute de la poésie allemande.

Mais très vite les choses vont changer. On est à la fin de la guerre, Hitler est mort. La famille un jour, doit s’enfuir, avec une discrétion de voleurs pour échapper à l’arrestation. Franz est autorisé à emmener avec lui son petit ours, Magnus son confident, dont il ne s’est jamais séparé.  Ils vont vers le sud, se terrent dans des caves ou des granges. Ils ont tout perdu, ils ont faim, ils ont peur, ils ont même perdu leur nom qu’ils décident de changer.
  Et puis le père décide de se séparer de Franz et  de sa femme. Il les rejoindra dès qu’il pourra, mais lui doit se cacher. La mère et l’enfant survivent dans une chambre louée et la mère a trouvé un emploi de cuisinière dans un hôpital.

A partir de là Franz va peu à peu découvrir la vérité, entendre tout ce qui se dit sur son père,  une vérité monstrueuse qui va peu à peu anéantir tout ce que sa mère a construit autour de lui, une légende autour du nazisme triomphant : la vérité sur les camps, la mort programmée de millions de gens à laquelle son père a participé puisqu’il était en fait médecin dans les camps au service des nazis, il faisait parti de ceux qui choisissaient d’envoyer tel ou tel à la mort. Sa mère est dans le déni le plus total : tout cela ce sont des mensonges.
Ils apprennent  un jour que le père a émigré au Mexique pour échapper au jugement de Nuremberg, une nouvelle qui sera suivie d’une autre : le père s’est suicidé. A partir de là, la mère ne s’intéresse plus à rien, elle confie Franz à son frère Lothar, pasteur qui a fui en Angleterre avec sa femme juive, pour échapper aux persécutions.
  Tu vas partir avec lui à Londres. Ta valise est prête. Tout est en ordre
.Après l’avoir remis au monde par la grâce de la parole, quand il était petit, elle l’expulse à présent loin d’elle par la dureté d’une poignée de mots.

Et ce qui est terrible pour lui, c’est qu’il se sent lié à cette réalité monstrueuse puisque c’est son identité véritable. Alors il va essayer de comprendre et de se pencher sur sa mémoire anéantie. La première chose qu’il fait c’est de prendre le nom de son ours Magnus, lui le seul témoin de son passé. En plus de la grande histoire qu’il va découvrir, il va vivre de nombreux drames dans sa vie  qui seront très dur à supporter mais qui vont le rapprocher un peu plus de la vérité et l’amener à reconstruire sa véritable identité et il saura enfin qui il est.

Le livre est fait de trente chapitres assez courts, appelés fragments. Ils ne suivent pas la chronologie des faits . Le fragment 1 par ex n’est pas au début mais est placé après le fragment 11. Le fragment 1 raconte ce qui s’est passé réellement quand Franz avait 5 ans.
Ces fragments sont coupés de notes : des notules ( qui donnent des renseignements sur des personnages, des lieux géographiques, des détails historiques ou imaginaires) des séquences qui donnent des extraits de livres  - Pedro Paramo de Juan Rulfo – des poèmes de Paul Célan, des extraits de Shakespeare, un poème de Supervielle ….


(Présentation : Anne-Marie Smith)