L’autrice américaine Lauren Groff se saisit d’un personnage historique, Marie de France, dont la vie reste méconnue. Marie de France a écrit des fabliaux et des lais en langue romane, elle est la première à écrire en français et non en latin. Elle a vécu à la cour d’Angleterre sous le règne d’Henri II et de sa femme Aliénor d’Aquitaine.
Lauren Groff en s’emparant de ce personnage, choisit de nous plonger dans la vie d’un couvent au XII° siècle. Marie de France âgée de 17 ans, est écartée de la cour par la reine Aliénor, elle est envoyée dans un couvent pauvre et délabré aux confins de la campagne anglaise. La famine et la maladie déciment les moniales. Marie n’aspire qu’à retrouver la cour d’Aliénor, sa reine bien aimée. Cette toute jeune fille du fait de sa naissance noble a été nommée prieure du couvent. Elle écrit des lais (poésies accompagnées de musique) pour retrouver les bonnes grâces de la reine, sans réponses de celle-c i; voyant le désarroi des religieuses, elle décide de prendre à bras le corps la vie de cette communauté. Elle va se battre pour nourrir et loger dignement ses sœurs en religion. Devant les pouvoirs grandissant de Marie de France les difficultés extérieures et intérieures à l’abbaye ne vont pas manquer à cette jeune abbesse.
Lauren Groff dans son livre nous montre la place particulière des abbayes dans l’économie d’un pays, au Moyen Age. Elle nous rappelle la dureté de la vie à cette époque particulièrement pour les femmes et la nécessité pour ces femmes en communauté d’avoir un lien très fort entre elles. Elle se saisit de ce livre pour décrire la puissance, la sensualité, la créativité de ces femmes subordonnées à des hiérarchies masculines, hommes d’église et notables, qu’elles arrivent à contourner par leur intelligence. Sur un plan plus personnel elle interroge le chemin de la Foi. Elle n’omet pas la perversité du pouvoir.
Le texte, parsemé de mots en vieux français, nous immerge dans ce Moyen Age violent et mystique mais qui est une période de transition où les langues se transforment.
« Au terme de cet écrit
Qu’en roman j’ai tourné et dit
Je donnerai mon nom pour la postérité :
J’ai pour nom Marie et je suis de France »
Epilogue des Fables
(Présentation : Laurence Wagner)