
"Lectures partagées" continue durant l'année 2025-2026. Une activité appréciée à côté des livres nomades pour permettre aux lecteurs de faire de belles découvertes de lecture et de les partager avec les autres.
Littera 05 vous invite donc à venir aux dates qui seront indiquées prochainement ci-dessous, présenter un livre , actuel ou ancien, que vous aimeriez partager avec d'autres amoureux de la lecture .Vous pouvez aussi venir seulement pour écouter

janvier 2026
12 participants
– L’île des enfants perdus de Nicolas Chaudun – Ed Actes Sud – 2019 – (Annette) -
Histoire d’un film abandonné sur la révolte des enfants de Belle-île-en-Mer. Après guerre, Marcel Carné et Jacques Prévert ont commencé le tournage de « la fleur de l’âge ». Avec de grands acteurs, le film promettait d’être un chef d’oeuvre mais il va rester inachevé à cause de nombreux problèmes techniques. Un mystère entoure ce film. Étonnement, il n’en reste rien, pas de bobines, aucun des nombreux rushs n’ont été retrouvés. Pourquoi ? L’occasion, pour le narrateur, d’évoquer l’âge d’or du cinéma français et ses zones d'ombre...
– D’une rive l’autre de Dima Abdallah – Ed. Sabine Wespieser – 2025 - (Annette)
3ème livre de l’autrice que nous avions reçue à Gap. Le narrateur est franco libanais. Avec Layla et Elyas, ils sont inséparables depuis l’enfance. Il est amoureux de Layla et rêve de partir du quartier où il vit seul avec sa mère et est confronté aux problèmes des jeunes des cités. Il déprime, est mal dans sa peau et décide de partir à Beyrouth à la recherche de son père. Personnages attachants, en marge.
– Alors c’est bien de Clémentine Mélois (sélection nomade 2025) – (Marie-Laure)
Lecture très appréciée par Marie-Laure pour la fantaisie, l’humour, sur un sujet aussi sérieux qu’un enterrement. Livre plein de tendresse.
– Les certitudes de Marie Sermelin – Ed - 2025 – (Sylvie) - (voir compte-rendu de décembre)
Un roman que Sylvie a beaucoup aimé.
– Mon vrai nom est Elisabeth (sélection nomade 2025) – (Sylvie) –
Livre intéressant mais ce n’est pas un roman et certains passages peuvent s’avérer fastidieux.
– La danse de l’eau de Ta-Nehisi Coates – Ed. Fayard –2021– traduit par Pierre Demarty -(Marie-Claire)
Journaliste, écrivain et essayiste afro-américain. Le narrateur est un jeune esclave dont la mère a été vendue par son propriétaire. En Virginie, la culture intensive du tabac a rendu les terres stériles. Les propriétaires vendent. Hiram essaye de se souvenir de sa mère. Il est capable, dans certaines conditions, de se téléporter et cherche à libérer sa mère adoptive.
A noter, entre autres, du même auteur, une colère noire : lettre à mon fils (2015) et huit ans au pouvoir (2018) sur la présidence d’Obama. Ta-Nehisi Coates est révolté par le racisme qu’il dénonce dans ses livres.
– La France éternelle, une enquête archéologique de Jean-Paul Demoule – Ed. La Fabrique – 2025 - (Marylène)
La France vient-elle du fond des âges ? Comme l’affirmait De Gaulle. Existe t-il des racines ? Il parle des Huns, de Clovis, des romains, de la colonisation, de la présence juive très ancienne. Au fond, qu’est-ce qu’être français ? L’auteur revient aux origines et à l’aide de cartes, de textes historiques et scientifiques, il déconstruit le discours actuel en montrant l’évolution qui passe par les migrations, le métissage. Complexe et riche d’enseignement.
– Impossibles adieux (sélection nomade 2025) – (Annick)-
Ce grand livre est toujours autant apprécié. Une lecture envoûtante.
– Le chant du prophète de Paul Lynch – Ed. Albin Michel – 2025 - Traduit par Marina Boraso - Booker Price 2023 - (Annick)
Ce n’est pas une dystopie tellement les évènements décrits semblent actuels. Arrivée au pouvoir d’une extrême droite qui réduit les droits des citoyens à peau de chagrin. Le livre parle des répercussions sur une famille de la classe moyenne à Dublin. Le père, enseignant, disparaît. Les lycéens qui manifestent sont victimes de répression sévère. La mère, mère courage, voudrait partir au Canada. Le pays sombre dans une guerre civile. C’est une odyssée, un avertissement. Beau style, dense, ben écrit, poétique, très réussi. Fait écho à l’actualité.
– Le corbeau qui m’aimait de Abdelaziz Baraka Sakin – Ed. Zulma – 2025 – traduit par Xavier Luffin - (Simone)
Par l’auteur du « Messie du Darfour » (sélection livres nomades 2016). Adam et Nour ont quitté le Soudan en empruntant la douloureuse route des Fourmis jusqu’àCalais où ils se séparent après avoir partagé tout ce que l’exil a de plus difficile. Cette épreuve a renforcé leurs liens mais au bout d’un certain nombre d’échecs, Nour abandonne l’idée d’aller en Angleterre alors qu’Adam s’obstine. Ils ne se sont pas vus depuis deux ans quand Nour retrouve Adam qui n’est plus que l’ombre de lui-même, amaigri, drogué. Il va tout tenté pour le sauver de cet enfer mais c’est trop tard et Adam disparaît. Nour ne va avoir de cesse de rechercher ceux qui l’ont connu, aimé. Chacun d’eux racontera les moments vécus avec Adam. C’est un livre très beau qui n’est jamais dans la rancoeur ou le misérabilisme. Au contraire, l’auteur dit les faits, terribles parfois, mais en douceur, il permet de comprendre la belle personne qu’était Adam qui a lutté, a aimé, avant d’être brisé par la perte de ses rêves et les conditions humaines de cette vie dans la jungle de Calais.
– Au grand jamais de Jakuta Alikavazovic – Ed. La Blanche de Gallimard – 2025 - (Simone)
La mère de l’autrice, qui vient de mourir, était une poétesse reconnue en Yougoslavie mais arrivée en France, elle n’a plus écrit. Jakuta parle de son effacement avec colère et de ce qu’elle lui a transmis avec tendresse. En cherchant à comprendre qui était sa mère, ce qu’elle a reçu d’elle, ce qui a construit son identité et son écriture, elle dresse un portrait d’une relation mère-fille ambiguë, compliquée mais pleine d’émotion. Un beau livre, une belle écriture.
– Avec ma tête d’arabe de Aïda Amara – Ed. Hors d’atteinte – 2025 - (Zabeth)
Biographie ou roman ? A la terrasse d’un café au moment des attentats de novembre 2015 à Paris, l’autrice a eu le réflexe de s’enfuir à temps. Quand elle revient, elle voit les blessés et le terroriste. Interrogée par le GIGN, elle dit « il avait une tête d’arabe ». Le flic lui répond « vous savez, vous n’êtes pas responsable ». Elle a toujours été à contre-pied. Sa mère algérienne est morte quand elle était enfant, son père kabyle, chercheur cadre, l’a élevée pour qu’elle soit une lionne mais non violente. Il lui a appris la répartie, la défense par le langage. Il y a de l’humour. Elle voudrait qu’il reste la mémoire de son père. Chronologiquement, la forme est curieuse. Il y a le traumatisme et l’histoire de sa famille. Cela aurait pu être un imbroglio mais elle raconte très bien les 3 histoires, l’attentat, la vie de son père et la sienne.
– Vestiaire de l’enfance de Patrick Modiano – Ed. Folio – 1989 - (Gérard)
Le narrateur travaille dans une radio au Maroc. Il crée des émissions avec de petites histoires. Il entretient des rapports avec ses compatriotes. Comme souvent chez Modiano, on part sur le chemin des souvenirs et de l’enfance.
– Un roi sans divertissement de Jean Giono (Gérard)
Une vraie histoire nous dit Gérard. Un drame, des morts, et la belle écriture de Giono.
– Noé de Jean Giono (Gérard)
Ce sont des chroniques. Il tricote ses phrases, il parle de lui, donne des détails, la culture des oliviers, Marseille, c’est pétillant d’inventions.
– James de Percival Everett - Ed. Actes Sud – 2025 – traduit par Anne-Laure Tissut - (Anne-Marie)
Prix Pulitzer 2025 - National Book Awards.
Reprend le personnage de Jim crée par Mark Twain. 2 personnages, Huck qui fuit un père violent et James ou Jim, un esclave, qui fuit car sa patronne veut le vendre. James veut gagner de l’argent et revenir chercher sa femme et sa fille. James est le héros. Ils descendent ensemble le Mississippi. James est un autodidacte. Il a appris à lire et à écrire secrètement grâce à la bibliothèque du maître.
Face à un blanc, il parle petit nègre. Face à un noir, il parle normalement. Les blancs ont le mauvais rôle, ce sont des esclavagistes cruels. « Tu es hypothéqué Jim comme une maison ». Ce sont des éleveurs d’esclaves qui vendent les plus costauds. Un très grand livre
– Tomber des nues de Violaine Bérot – Ed. Buchet-Chastel – 2018 - (Marion)
Un livre qui peut se lire dans l’ordre des pages ou en suivant des numéros. Cette deuxième lecture sème un trouble. L’histoire est celle d’un couple qui vit à la campagne. Un beau jour, la femme accouche. Déni de grossesse. Stupeur dans l’entourage. Autour, il y a son conjoint, le voisin qui a récupéré le bébé non désiré, une sage femme, la commère du village, les tenancières de l’auberge... Tous vont raconter l’évènement. Livre émouvant.
– Où sont les hommes de Marie-Hélène Lafon – Ed. Fléchette – 2022 - (Marion)
Elle part d’un autochrome (une photographie). Elle décrit la photo et elle construit une histoire à l’époque des chars à bœufs en 1916 dans son Cantal natal. Histoire d’une amitié entre une fille devenue paysanne et une femme de tenancier. C’est très fin, très ciselé.
Lectures partagées du 4 décembre 2025
9 participants
– Les certitudes de Marie Sermelin – Ed - 2025 – (Annick) - 1er roman
Le roman commence par une petite annonce « Chambre à prix modeste contre de menus services » émanant de Mme Simone, une femme âgée de 70 ans. Anna, une jeune pigiste est intéressée et la cohabitation se passe bien. Des changements s’opèrent après le 7 octobre. Anna s’aperçoit que Madame Simone, qui est secrétaire à mi-temps d’un médecin, parle arabe. A la mort de Mme Simone, Anna ne dit rien de son souhait d’être enterrée à Jérusalem. Cependant, Mme Simone lui a légué un appartement à Jafar en Israël. La vie de cette femme mystérieuse percute l’actualité. Belle description d’Israël et de son histoire. Famille juive marocaine très différente des familles venues des pays de l’Est. L’écriture est imparfaite mais le sujet passionnant.
– Traverser les montagnes et venir naître ici de Marie Pavlenko – Ed. Les escales – 2024 (Sylvie)
Astrid qui a vécu un drame s’est retirée dans une maison isolée du Mercantour. Soraya, très jeune femme, migrante fuyant la Syrie, traverse la montagne pour rejoindre la France. Ces deux femmes vont se rencontrer, apprendre à s’apprivoiser. Il est question de deuil, de solidarité, de résilience, la description de la montagne est très belle, l’écriture très poétique. Beau livre.
– Les années sans soleil de Vincent Message – Ed. Points – 2023 - (Marie-Claire)
Le narrateur, écrivain peu connu, débarque aux Etats-Unis pour faire la promotion de Hibernation, son premier roman traduit en anglais. Refoulé à l’aéroport, sans explications, il repart en France à Toulouse où il vit avec Camille et leurs deux enfants, Maud (17 ans) et Diego (2 ans et demi). La pandémie s’installe et perturbe nos vies. Sa fille est éco militante, soucieuse de l’environnement qui brave les interdits. Lui fait des recherches sur les autres catastrophes, les pires années vécues sur terre, ce qui ne manque pas, la peste, la grippe espagnole, les famines etc...Il s’attarde sur les années 535-536, 18 mois sans soleil, sans doute à cause d’éruptions volcaniques, qui ont causé des morts et des mouvements de population. Il fait le lien. Ce n’est pas un livre noir, importance des liens sociaux, il décrit très bien le processus d’écriture et la puissance de la littérature.
– A l’écoute du silence de Stéphanie Bodet – Ed. Des Equateurs – 2025 - (Pascale)
Stéphanie est une grande championne d’escalade, née dans les Hautes-Alpes, elle aime le silence et la solitude. Agressée par les bruits, elle décide de se retirer pour se ressourcer. Elle part en Ariège dans une cabane où les bruits de la nature peuvent aussi être perturbants. Ce retour sur soi fera surgir des souvenirs et l’apaisement recherché. Pour nous, lecteurs, cette écriture poétique, ces descriptions de la nature sont également très apaisants.
– Le ciel est immense de Feurat Alani – Ed. J.C.Lattès – 2025 - (Simone)
Taymour, un Franco-Irakien, est hanté depuis toujours par le mystère entourant son oncle Adel. Ce dernier, pilote d’élite d'un MIG-21, s'est volatilisé lors d'un vol entre Bagdad et Krasnodar, une base d'entraînement en Russie. Face au silence de sa famille, Taymour décide de contacter les enquêteurs de Zhdi Menya, une émission russe de recherche de personnes disparues. Il ne va cesser d’interroger sa famille lors de ses séjours en Irak, sa grand-mère surtout qui va peu à peu lui livrer des informations. L’occasion de découvrir le contexte politique, la prise de pouvoir de Saddam Hussein, la guerre des six jours, l’opération Diamond qui permit au Mossad de s'approprier un MIG-21 et l’importance de la Russie dans la vie de Adel...Secret de famille, mort ou disparition volontaire ? Une quête intime et familiale qui rejoint l’Histoire complexe du pays. Essai réussi, 2ème livre de l’auteur de « je me souviens de Falloujah » aussi intéressant que le premier.
– Film Fuori de Mario Martone – autour de l’art de la joie de Goliarda Sapienza – 2025 – (Tiziana)
Goliarda a du mal à faire publier son roman. En difficulté financière, elle vole un collier et se retrouve en prison où elle tisse des relations fortes avec d’autres prisonnières, dont Roberta qui se poursuivront à sa sortie et elle n’aura de cesse de défendre cette belle solidarité et ces prisonnières attachantes. Le film retrace son mal être mais aussi sa grande liberté, l’occasion de redécouvrir le livre qui ne sera édité qu’après sa mort en connaissant un succès retentissant ensuite. Très beau film, nostalgique et tendre.
– Coyote de Sylvain Prudhomme – Ed. de Minuit – 2024 - (Tiziana)
Voyageant en stop depuis la Californie, Sylvain Prudhomme a longé la frontière mexicaine, lieu hautement stratégique pour le gouvernement Trump. Il relate les rencontres qu'il a faites et les conversations qu'il a échangées à cette occasion avec les automobilistes, des femmes et des hommes ordinaires, portraits très humains et qui donnent un côté très vivant à ce livre témoignage. Vraiment très intéressant.
A noter, Sylvain Prudhomme viendra le 25 mars 2026 au Tempo à Gap pour un spectacle musical autour de ce livre.
– V13 Chroniques judiciaires d’Emmanuel Carrière – Ed. Gallimard – 2024 - (Tiziana)
Chroniques du procès des attentats du Bataclan. Emmanuel Carrière relate, nous donne à entendre, on voit les victimes qui défilent, les assassins, l’appareil judiciaire. Il va dans les détails et démontre la grandeur d’un état de droit. Un livre percutant.
– Dictionnaire des Métiers oubliés de Paris – Ed. Parigramme de Laurence Berrouet et Gilles Laurendon – 1994 – (Anne-Marie)
Description pittoresque des métiers du 18ème et 19ème siècle. Exemple : porteur de bains. Ce livre s’attarde sur les petits métiers, la misère. Il est même question de « loueur d’enfants ».
– Perpétuité de Guillaume Poix - Ed. Finitude – 2025 - (Marie-Laure)
Ecrivain dramaturge. Goncourt des détenus. Roman reportage. Immersion dans une prison du sud de la France à Villeneuve lès Maguelone. Il a attendu longtemps l’autorisation et a choisi de raconter une nuit. Il parle du métier de gardien de prison. Ils sont 11 pour 1000 détenus. Situation extrêmement compliquée entrecoupée de poses repas. L’auteur témoigne avec l’objectif de permettre de mieux connaître le métier et d’arrêter le mépris pour les matons.
– La frontière des oubliés de Aliyeh Ataei – Ed. Gallimard – 2023 (Simone)
Neuf récits composent ce livre, ils retracent des moments de vie de l’écrivaine, depuis sa fuite de la frontière afghane à sa vie à Téhéran. Portrait de ces frontaliers privés d’identité et de droits, souvent des femmes, confrontées à la guerre, l’exil, la violence. Même la terre est un danger permanent comme cet épisode qui parle de cette invasion de scorpions dont les morsures ont couté la vie à de nombreux enfants...Une belle écriture poétique, préface d’Atiq Rahimi
– Histoire d’un allemand de Sébastian Haffner – Ed. Actes Sud – 2004 (Tiziana)
Ecrit en 1939, Beau témoignage écrit d’Angleterre du journaliste Sébastian Haffner sur la déliquescence de la société allemande au moment de l’élection de Hitler qui aurait pu être évitée. 56 % n’avaient pas voté pour lui. Son récit, lucide, amène un éclairage sur les circonstances de l'avènement du régime hitlérien. Un livre bien écrit qui montre les éléments essentiels qui ont permis l’élection d’Hitler, désintérêt pour la politique, manque de discernement, négligence, manque de courage, conditionnement, mensonges, autant d’éléments qui sont d’une criante actualité tant la menace des extrêmes se trouve banalisée.
Lectures partagées du 6 novembre 2025
8 participants
– La maison vide de Laurent Mauvignier – Ed - 2025 - (Simone)
Laurent Mauvignier nous avait habitués à des livres plus courts, plus condensés. Cependant, on connaissait ses longues phrases qui nous embarquent dans un tourbillon de mots qui s’enchaînent presque sans respiration. Plus de 750 pages, c’est long mais on est happé par ce style d’une virtuosité maîtrisée. Cette maison familiale est vide de présence humaine mais pleine de meubles et de souvenirs. L’auteur cherche à comprendre quel est l’héritage qui a entraîné le suicide de son père. Il va enquêter, reconstruire, inventer ces vies qui ont laissé un très grand vide, des femmes surtout, une génération de femmes, contrariées, empêchées, niées, mère, grand-mère, arrière grand-mère avec, un élément essentiel, un piano, un piano qui ne sert plus, dont personne ne joue plus mais qui pourrait témoigner de la petite et de la grande histoire tant il a contribué à l’écrire.
– Les preuves de mon innocence de Jonathan Coe – Ed. Gallimard – 2025 – (Anne-Marie)
Critique de la société anglaise. Livre politique. Thriller. Histoire intime. Mélange des genres. Une jeune fille, Phyl, qui a arrêté ses études, revient chez ses parents pour occuper un emploi dans le cadre d'un contrat à taux zéro. Arrive Chris, un ami de la famille qui s’intéresse à un groupe de complotistes, les néo cons (conservateurs). Inquiétude sur la droitisation de la société. Lors d’une conférence à laquelle il assiste, il va se trouver mêlé à un crime. L’enquêtrice, sorte de Miss Marple, est très sympathique.
Il est aussi évoqué la mort de la reine Elisabeth, la foule, 9 heures de queue sont nécessaires pour lui rendre hommage. De l’humour, bien sur mais moins que d’habitude. De la nostalgie, de la mélancolie et de l’amour.
– Les éléments de John Boyne – Ed. J.C. Lattès – 2025 – (Sylvie)
Prix Fémina étranger et prix Fnac 2025.
Ecrivain irlandais. 4 personnages qui tous ont un rapport avec un élément. Une femme part se réfugier sur une île pour fuir l’accusation de pédophilie qui pèse sur son mari en prison, un jeune garçon est un prodige du football, une chirurgienne qui s’occupe des grands brûlés, un père qui prend l’avion avec son fils. Les histoires s’entremêlent. Il y a beaucoup de violence. Livre très contemporain, très bien écrit, maîtrisé de bout en bout.
– Quitter la vallée de Renaud de Chaumaray – Ed. Gallimard – 2025 - (Claudine)
3 histoires emmêlées dans le Périgord. Sous-sol paléolythique. Richesse du territoire.
Une jeune femme et son fils y trouvent refuge afin d’échapper à un homme violent.
Un homme passionné de grottes, rêve d’y découvrir des peintures préhistoriques, il emmène sa fille explorer les cavités.
Il y a aussi un jeune paysan qui récolte du tabac et tombe amoureux d’une vacancière. Amour sans avenir.
Chapitres courts. Très belle écriture. Roman captivant.
– Les naufragés des Aukland de François Edouard Reynal – Ed. La Table Ronde - 2011 – Préfacé par Simon Leys. Première édition 1870. (Martine)
Longtemps offert aux enfants des écoles comme récompense.
L’auteur est un aventurier, chercheur d’or. Une nuit de 1865, le navire dont il était le second, le Grafton sombre au large de la Nouvelle-Zélande. Les cinq hommes qui composent l'équipage, tous de nationalités différentes, trouvent refuge sur une île inhabitée. Il vont y demeurer 20 mois. François Edouard Raynal, génial bricoleur, a joué un grand rôle dans leur survie. Il publie le récit de cette aventure en 1870, "Les Naufragés des Auckland" rencontre un très vif succès en France puis à l'étranger. Tout porte à croire que la lecture de Raynal a inspiré à Jules Verne son roman le plus célèbre, "L'Ile mystérieuse".
– De nos blessures un royaume de Gaëlle Josse – Ed. Buchet-Chastel – 2025 – (Pascale)
Agnès, une danseuse tourne le dos à sa profession pour partir en direction de Zagreb avec un livre qui a beaucoup d’importance pour elle. Au travers de la littérature et de son voyage, elle reprend goût à la vie. Tendre et sensible. Beau livre.
– La mélancolie de la résistance de Lazlo Krasznahorkai - Ed. Gallimard - 2006 - (Simone)
Prix Nobel 2025
Un danger plane sur cette petite ville du sud-est de la Hongrie. Il y a un malaise ambiant, une inquiétude qui rode, une violence sourde mais bien réelle sans qu’on puisse donner d’explication rationnelle. Au début du livre, nous suivons une des habitantes de la ville dans un train où tout est inquiétant autour d’elle, tout lui fait peur, elle n’a qu’une hâte rentrer chez elle dans son cocon surchargé d’objets où elle n’est cependant pas à l’abri des visites. On rencontre aussi, à l’opposé, une autre femme qui habite dans un appartement complètement insalubre alors qu’elle semble avoir du pouvoir sur la ville qu’elle veut nettoyer, assainir,en fait c ‘est son mari qui est respecté, il vit dans une pièce de sa belle maison, où elle ne met plus les pieds, c’est l’intellectuel, tellement désespéré de ses congénères qu’il ne quitte pas son lit depuis des années. Il est aidé par un jeune candide, innocent qui ne voit et ne vit que pour la beauté du ciel et des étoiles. Quand il consent enfin à sortir, il s’aperçoit vite que la ville est une décharge à ciel ouvert, on marche sur les détritus, ce que personne ne semble plus remarquer. Arrive un cirque dont l’attraction est une baleine gigantesque qui va semer le trouble dans la communauté. Plus on avance dans le livre, plus le monde dévoilé est angoissant, crépusculaire. Réflexion poussée sur la société et son humanité déclinante, mais à l’inverse des univers trop dystopiques et désespérés, l’auteur fait preuve d’un humour noir qui peut paraître grotesque ou sublime.
– Finistère de Anne Berest – Ed. Albin Michel – 2025 – (Bernard)
Après Gabriële et la Carte Postale, Anne Berest explore à nouveau son arbre généalogique, va au bout des branches. Elle tire les fils, continuités et bifurcations. Dans ce livre, elle nous emmène sur les traces de son père, en Bretagne, dans le Finistère, son histoire personnelle traversant les soubresauts de la Grande Histoire, l’engagement politique des années 68 et remontant à l’occupation allemande et la destruction de Brest, ce qui donne au livre un côté universel, une grande fresque sociale.
– Les projectiles de Louise Rose – Ed. P.O.L – 2025 – (Claudine)
La spécificité de ce livre est que l’autrice commence par la fin. Elle détricote l’histoire de Bébé qui retourne dans le jardin de son enfance pour déterrer un trésor. Drôle, tendre et émouvant.
– Le monde est fatigué de Joseph Incardona – Ed. Finitude – 2025 - (Claudine)
Eve est une sirène professionnelle qui nage dans les plus grands aquariums du monde.
Mais y-a-t-il de la place dans notre monde pour une sirène ?
Lectures partagées du 9 octobre 2025
10 participants
- L’enfant qui de Jeanne Benameur – Ed Actes Sud - 2017 - (Annette)
Une histoire d’enfance. Le père, paysan un peu brusque, la mère, une belle gitane inadaptée dans ce milieu rural trop fermé est absente, elle a abandonné l’enfant aux soins de la grand-mère. La nature est très présente, essentielle pour l’enfant. C’est sensible et profond.
- Le fou de Dieu au bout du monde de Javier Cercas – Ed. Actes Sud – 2025 – (Zabeth)
Présentation de Javier Cercas, de sa trilogie policière, du documentaire de Catherine Bernstein concernant l’Imposteur. Javier Cercas qui est un athée, anticlérical s’est vu proposer par le Vatican d'accompagner le pape dans un voyage officiel en Mongolie. L'écrivain, qui croit d’abord à une blague, accepte à la condition d’être libre de questionner qui il veut et de disposer de cinq minutes seul avec le pape François pour pouvoir l’entretenir d’un sujet concernant l’immortalité dont il doit rapporter la réponse à sa mère. Humour et insolence font bon ménage dans ce récit.
- La nuit au coeur de Natacha Appanah – Ed. Gallimard – 2025 – (Anne-Marie et Marion)
C’est l’histoire de trois femmes, deux (dont la cousine de l’autrice) qui ont été tuées par leur conjoint, et l’histoire de Natacha Appanah elle-même. Elle avait 17 ans quand elle est tombée amoureuse d’un homme de 30 ans plus âgé. Elle se demande comment elle a pu se laisser envoûter par cet homme qui écrivait des poèmes noirs et terribles. 30 ans après, elle raconte, elle est très dure avec elle-même. Elle s’en veut beaucoup. Elle va au fond des choses, avec un questionnement incessant qui fait parti de l’écriture. Elle avance à petits pas pour s’approcher au plus près de ce qu’elle a perçu et mentalisé. Comment dire la brutalité des situations ? Aspect sociologique et littéraire. En partie autobiographique. Elle a occulté le drame vécu pendant de longues années jusqu’à ce que le terrible féminicide de Bordeaux réveille ses souvenirs. Question : que peut la littérature face à cette violence ? L’écriture est très sensorielle. Dissociation nécessaire pour survivre.
- Radeau d’Antoine Choplin – Ed. La Fosse aux ours – 2003 - (Marie-Laure)
Pendant la débâcle, en 1940, , Louis part dans la nuit avec son précieux chargement, des œuvres du musée du Louvre. Il ne doit pas s’arrêter en chemin mais il va le faire pour prendre une jeune femme qui marche pieds nus, désemparée. Les silences sont très importants. C’est pudique, à peine effleuré. Pendant un temps suspendu, ils décident d’aérer les tableaux, de les exposer. Un instant d’éternité dans un contexte tragique.
- Vie de Gilles de Marie-Hélène Lafon – Ed.du chemin de fer - 2025 - (Marion)
Gilles est l’enfant rencontré dans son livre précédent « les sources ». 3ème enfant fragile dont la mère est battue par le père. Dans la première partie, la petite enfance, on découvre Gilles très observateur, sensible. Subtilité de l’observation et de l’imaginaire du petit garçon. Il éprouve aussi une terrible inquiétude. Il va au catéchisme et doit récapituler ce qu’il peut dire. Il rêve de la mort du père. Adulte, il reprend la ferme. Sa personnalité a évolué. Il est resté prisonnier de ce monde paysan que Marie-Hélène Lafon ne cesse de décrire avec justesse.
- Seul dans Berlin de Hans Fallada - Ed. Folio – 2004 – 1ère parution en 1946. - (Gérard)
Allemagne nazie. Pendant la guerre. Histoire des actions d’un couple qui résiste face au triomphe du Reich mais de façon assez impuissante. Dans leur immeuble, cohabitent des juifs et des SS. Le couple Quangel ne se mêlaient pas vraiment de politique mais ils sont désespérés par la mort de leur fils au front. Ils se disent qu’il faut réagir, mobiliser l’opinion. Mais comment ? Ils ne font partie d’aucun mouvement de résistance. Ils vont confectionner des tracts contre Hitler dont ils vont inonder la ville. Ce sont des gens ordinaires que rien ne prédisposait à devenir des résistants. C’est la raison pour laquelle, l’enquête de police va piétiner longtemps.
Un témoignage rare de cette résistance de l’intérieur, très humain, puissant. Il n’y a pas de petit combat.
- Dictionnaire régional des mots de Gap – (Gérard)
quelques exemples : acaber : achever, Zifer : glisser à toute vitesse sur la glace, vomi : utiliser comme déverbal.
- Traverser les forêts de Caroline Hinault – Ed.la brune au Rouergue - 2025 - (Simone)
Prix de la Porte Dorée 2025.
- Le lieu :
une magnifique forêt primaire, aux confins de la Pologne, où vit encore une faune préservée, bisons, lynx, loups,...
- 3 femmes :
Alma, une jeune syrienne qui fait partie de tous ces migrants que les biélorusses ont déposé devant la forêt qu’ils vont devoir traverser pour atteindre la Pologne de l’autre côté où ils sont attendus avec des matraques et des barbelés.
Véra, une journaliste biélorusse, qui vit depuis le printemps au milieu des arbres et des bêtes, la forêt comme refuge solitaire mais idyllique pour écrire.
Nina, qui rêvait d’Occident et se retrouve avec son enfant et toutes ses illusions perdues, à occuper l’ancienne maison forestière de ses parents.
La forêt va se révéler aussi pleine de beauté, de mystère, de merveilleux que de pièges pour ces trois femmes qui vont affronter leur destin. Très beau livre qui nous fait pénétrer au coeur de la forêt grâce à une magnifique écriture sensorielle, sensitive, immersive.
- Le cantonnement de Ronelda S. Kamfer – Ed. Zoé – 2025 – traduit du kaaps par Georges Lory – (Simone)
Communauté métisse d’Afrique du Sud marginalisée autant par les noirs que par la classe blanche toujours privilégiée. Deux enfants, deux adolescents Nadia et Xavie nous racontent avec un certain humour noir l’histoire de leur famille à travers la violence, les enterrements. C’est surtout Nadia qui parle, sa voix d’adolescente toujours en colère donne vie à tous les autres personnages dont elle parle avec une vivacité et une lucidité qui nous les rend proches.
Le récit n’est pas forcément chronologique mais peu importe, c’est le style, la phrase syncopée qui est essentielle, empreinte d’une poésie brute, d’images chocs pour décrire la révolte de cette jeunesse qui grandit sur les braises d’une histoire encore loin de l’apaisement.
- Underground Railroad de Colson Whitehead – Ed. Albin Michel – 2017 – traduit de l’américain par Serge Chauvin – (Annick)
L’auteur a travaillé 16 ans sur ce livre qui a obtenu le National Book Awards et le prix Pulitzer.
Grande fresque sur l’esclavage.
En 1850, fuite d’une jeune esclave d’une plantation de Géorgie. Elles étaient esclaves de mère en fille depuis plusieurs générations. Sa mère s’était aussi enfuie. La petite fille a survécu avec le petit potager qu’elle avait conservé. Elle s’enfuit avec un autre jeune esclave. L’épopée est palpitante, haletante avec un train fantôme, train souterrain, grâce aux abolitionnistes qui aident les esclaves.
Elle est rachetée en Caroline du Sud mais doit encore s’enfuir. C’est un destin individuel mais le système est très bien dépeint, ce ne sont pas les mêmes règles suivant les états.
C’est une très belle odyssée, magistralement écrite.
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