Gap -  Hautes-Alpes

Klara et le soleil

Kazuo Ishiguro

Ed.Gallimard, 2021 - Folio, 2023

traduit de l'anglais (UK) par
Anne Rabinovitch

 











 


Kasuo Ishiguro imagine une société où la technologie conditionne le mode de vie des humains. Les enfants les plus prometteurs, ceux qui ont été « relevés », ne vont pas à l’école mais suivent des cours à distance. Ils ont pour compagnons des artefacts humains qui leur tiennent lieu de nounous, de confidents : ce sont leurs amis domestiques. Ces robots sont extraordinairement performants : des objets de luxe qui ne sont pas accessibles à tous.
Dans le récit de Kasuo Ishiguro, la narratrice est Klara un robot féminin, une AA particulièrement intelligente, très observatrice, sensible, judicieuse, bienveillante, curieuse de décrypter tout se qui concerne les comportements, les émotions et les sentiments humains. Elle a été conçue pour interagir par des réactions adaptées.
Klara a-t’elle une conscience … c’est ce que l’on se prend à se demander, dès les premières pages, devant l’acuité de son jugement et son aptitude à l’introspection. Klara, artefact sophistiqué, est cependant destinée à être achetée. Elle se trouve parmi d’autres « marchandises » dans la vitrine d’un magasin et elle désire par dessus tout qu’un enfant veuille d’elle. La gérante du magasin est confiante : « Klara a tant de qualités uniques que nous pourrions y passer la matinée. Mais si je devais en souligner une seule, ce serait son goût pour l’observation et son désir d’apprendre. Sa capacité d’absorber et d’assimiler tout ce qu’elle voit autour d’elle est stupéfiante. Par conséquent, elle a aujourd’hui une intelligence plus sophistiquée que tous les AA de ce magasin y compris les B3 »

C’est Josie qui va acquérir Klara. Josie est une enfant unique, malade, qui vit seule entre sa mère, très prise par son travail, et sa gouvernante Melania. Klara sera pleine d’attentions et de prévenance envers sa petite propriétaire. N’est- ce pas de la compassion qu’éprouve Klara envers cette petite fille qui souffre de son isolement et d’une pression parentale peut-être trop forte pour elle… car Josie est
une enfant « relevée », une enfant très stimulée, fruit d’un projet parental bien précis…Josie, une enfant surprotégée, surinvestie par sa mère qui entrave sa liberté.
La lumière du soleil inonde bien des pages du roman et la quête même du soleil par Klara constitue une ligne de force dans la narration car le soleil est le nutriment de ces robots. C’est aussi, pour Klara, un interlocuteur privilégié car elle voit dans le soleil le mystère et la source de la vie , un remède magique. « Je comprenais qu’en dépit de toute sa bonté le soleil était très occupé ; que beaucoup d’autres gens que Josie avaient besoin de son attention ; ( … ) Il me vint alors l’idée que pour qu’elle reçoive l’aide spéciale du soleil, il serait peut-être nécessaire d’attirer son attention d’une façon notable. »
Klara est d’une loyauté et d’une sincérité émouvantes et elle est prête à tout pour sauver Josie : ne serait-ce pas là des marques d’empathie … d’attachement … d’affect … d’amour … Et c’est là le trouble que crée en nous Kazuo Ishiguro : Klara a-t’elle une âme ? ....

 

(Présentation : Tiziana Champey)