Gap -  Hautes-Alpes

Rencontre avec Pierre Benghozi

 

- Accueil

- Qui sommes-nous ?

- Livres nomades 2018_2019:
    Presentation de l'action
    Choix des livres nomades
    Les lieux relais

- Livres nomades :
      (années précédentes)

   2017_2018
   2016_2017
   2015_2016
   2014_2015
   2013_2014
   2012_2013
   2011_2012
   2010_2011
   2009_2010
   2008_2009

- Autres livres autour du theme choisi :
     Chemins d'exil
     L'art dans le roman

     Des histoires de grands espaces

- Rencontres littéraires :
     Pierre Benghozi
     Jean-Baptiste Andrea
     David Vann
     Joseph Boyden
     Guy Boley
     Franck Pavloff
     Michel Moutot
     Nicolas Cavaillès
     Sandrine Collette
     Slobodan Despot
     Gauz
     Pierre Lieutaghi
     Kaoutar Harchi
     Sylvain Prudhomme
     Olivier Truc
     Maylis de Kerangal
     Antonio Altarriba et Kim
     Makenzy Orcel
     Metin Arditi
     Dinaw Mengestu
     Gilles Leroy
     Denis Grozdanovitch
     Alice Zeniter
     Serge Joncour
     Liliana Lazar
     Joel Egloff
     Christophe Bigot
     Boualem Sansal
     René Fregni
     Jean Pierre Petit
     Hubert Mingarelli
     André Bucher
     Beatrice Monroy
     Samuel Millogo
     Alfred Dogbé
     Ghislaine Drahy
     Autour d'Isabelle Eberhardt
     Hélène Melat, littérature russee

- Des coups de coeur :
   La Liste

- Lectures partagées à Gap :
    2018_2019
    2017_2018
    2016_2017
    2015_2016
    2014_2015

- Lectures partagées
   au Pays des Ecrins:

    2018_2019
    2017_2018
    2016_2017

- Pérégrinations littéraires :
    2018_2019
    2017_2018
    2016_2017
    2015_2016

- Echappées livres :
    2018_2019
    2017_2018
    2016_2017
    2015_2016

- Nos partenaires :
    Mairie de Gap
  Conseil Departemental
  Mediatheque de Gap
  Foyer Culturel Veynois
  La Ram
  Festival de Chaillol
  UTL de Gap
  Cinematheque d'images de montagne
  Mediatheque de Laragne
  Mediatheque du Poet
  Pays des Ecrins

- Emission-radio sur Fréquence Mistral
     2018_2019

- Co-édition :
     J.I.P. Italie
    Le J.I.P. Algérie, 40 ans après

- Contact

- Bulletin d'adhésion

 

 

L’auteur :

Pierre Benghozi, est né à Perpignan en 1961. Dans les années 80, il fut musicien, chanteur et parolier du groupe de rock Her-Bak. Depuis1994, il travaille à Paris comme scénariste dans le cinéma. Loki 1942 est son premier roman.

Le roman : Loki 1942 – Editions Serge Safran - 160p

Hiver 1942, la Norvège subit l’occupation nazie et entre en résistance. En représailles à un attentat contre 5 militaires, les Allemands enferment toute une nuit une institutrice et ses 5 plus mauvais élèves et menacent de condamner à mort 5 d’entre eux. Pour que le seul survivant puisse contacter le réseau, les cancres vont devoir apprendre par cœur un poème de l’ « Edda poétique » : « Les invectives de Loki », extrait du « Codex Régius », un des trésors de la culture viking, conservé à la bibliothèque royale de Copenhague. Ces vers contiennent un message caché que seul un résistant peut comprendre.

Par cet apprentissage, les élèves vont sortir de leur ignorance crasse pour découvrir en eux une énergie insoupçonnable : la force de la culture, de la civilisation, opposée à la barbarie nazie. Ils vont triompher grâce à une méthode musclée inventée par leur professeur : la technique du « Lire contre Ecrire » ou la course de vitesse entre la lecture et l’écriture.

On sait que l’Allemagne a envahi la Norvège en 1940, malgré sa neutralité. Mais l’auteur ne s’attarde pas du tout sur ce côté de l’Histoire. L’intérêt du livre est d’abord qu’il s’agit d’un huis-clos : un seul lieu, une salle de classe d’où il est interdit de sortir. Et dès le début on connait l’enjeu de l’histoire. Qui échappera à l’exécution ? Le suspense est entier jusqu’à la dernière page.

Pieere Benghosi explique le départ de son livre :

La première image que j’ai eue en commençant ce livre, c’est celle d’une meute de loups qui poursuivait une biche qui se réfugiait sur une corniche et les loups la suivaient ; ils se retrouvaient eux aussi prisonniers sur cette corniche. Ça m’a donné l’image de cette corniche, la corniche Preikestolen, que j’ai vue quelques jours plus tard dans la vitrine d’une agence de voyage : des gens sur cette corniche qui risquaient de tomber de la falaise, comme des mots qui eux aussi risquaient de disparaître …

Les personnages :

Cinq élèves, de jeunes cancres particulièrement durs, violents, certains obsédés par la nourriture, d’autres par le sexe. Ce sont des enfants sauvages, une meute de loups qu’il faut amener à la lumière. L’enseignante est le souffre-douleur de ces cinq cancres. Plus que le souffre-douleur puisque la seule réaction qu’ils ont quand ils voient qu’elle est dans le coma, c’est de vouloir en profiter pour la violer. Une violence très crue, des enfants sauvages qui vivent à l’instinct qu’elle va devoir amener sur le chemin de la civilisation. La seule chose qui les intéresse c’est de rester soudés, de rester une meute avec un chef à leur tête. Et le but de cette nuit c’est de donner la parole au chef pour qu’il les guide sur un chemin plus lumineux qui les sorte de l’obscurantisme dans lequel ils se trouvent.
L’institutrice : ce qui la caractérise c’est sa bravoure, son intelligence. C’est une femme qui est tout le temps dans l’analyse, une femme autoritaire, au passé trouble,  qui décide. Elle a renoncé à la Résistance parce que son amant est mort. Elle accepte cependant une dernière mission. Elle va devoir apprivoiser ses cinq cancres, les attirer, pour qu’ils acceptent l’effort de l’apprentissage, la rencontre avec les mots, le langage et la poésie et qu’ils prennent entièrement conscience de leur portée. C’est leur vie qui est en jeu.

Il n’y a pas de bons personnages dans le livre. Il n’y a pas un affrontement entre le Bien et le Mal. C’est un affrontement entre le Mal et un moindre Mal, ce qui caractérise notre époque et les guerres actuelles. L’officier allemand du livre c’est un sale type mais en fait il obéit. Ce qui est mal en lui c’est que jamais il ne se révolte. Il est assez ambigu ; même s’il est très cultivé, c’est un maillon de la chaîne qui obéit. Il n’a aucune pitié pour les enfants. Il incarne la banalité du Mal. « C'était si simple un ordre, si clair, si reposant. Ca vous transportait d'une rive à l'autre en vous épargnant d'être mouillé ou le risque d'être emporté par le courant. »

Le poème : l’ « Edda poétique » : « Les invectives de Loki », extrait du « Codex Régius », un des trésors de la culture viking, conservé à la bibliothèque royale de Copenhague.
Loki dit : tais-toi Tyr.
Tu n’as jamais réussi
a réconcilier deux adversaires.
N’oublie pas cette main droite
Que le loup Fenrir t’a arrachée

Un texte ésotérique, mystérieux complètement hermétique.
Pierre Benghozi explique qu'il a choisi la mythologie scandinave, d’abord parce qu’on est en Norvège et d’autre part ces noms sont connus de la jeunesse qui regarde Games of thrones. Une mythologie plus présente que la mythologie grecque ou autre. Il a choisi Loki, un personnage qui pourrait parler aux enfants qui voient la torture infligée à Nils.
Petit à petit les enfants vont comprendre la situation, accepter l’effort de l’apprentissage et prendre conscience de la portée du langage, des mots. Les mots qui sont le bien que les hommes ont en commun et c’est par les mots que les cinq cancres vont prendre conscience qu’ils appartiennent à une communauté. Et ils acceptent de faire la mission qui leur est confiée, se sentant investis d’une responsabilité, prenant ainsi conscience de leur appartenance à une communauté où la force de la civilisation s’oppose à la barbarie nazie.
Les amener « à ce lieu de l’esprit où ni peur ni douleur ne pouvaient pénétrer. »

De meute ils étaient devenus des personnes libres et responsables. Pour la première fois de leur courte existence, ils avaient l’impression d’avoir accompli quelque chose de bien sans avoir trahi pour autant leur nature sauvage.

Le moment de la rencontre aven Colette et Cécile

Le style :
Beaucoup d’images, un style cinématographique. Pierre Benghozi préfèrerait que son livre devienne une pièce de théâtre plutôt qu’un film, une pièce de théâtre avec des enfants qui seraient sur une scène tous les soirs, ce qui n'est pas très courant.


Le message que le livre délivre est résumé par le mot résistance. L’importance du langage est souligné, le langage ou plutôt la poésie qui fait taire l’envie de se battre. Les mots sont plus puissants que la force. Le poème est difficilement compréhensible parce que plein de références et pourtant il les transforme rien qu’en le lisant. Le sens pris par le poème c’est qu’il contient un message pour le résistant extérieur et c’est ce qui les réveille tous les cinq.

La méthode d’apprentissage pour apprendre un texte par cœur est celle de  « Lire contre Ecrire », méthode employée par l’institutrice pour faire apprendre le poème aux enfants : un lecteur lit le texte et les autres enfants écrivent le plus vite possible ce qu’ils entendent. Puis normalement  les rôles sont inversés mais ici dans le livre c’est toujours Nils qui lit le poème parce qu’il ne peut écrire ayant été torturé par les Allemands. Ils sauront par cœur le poème à partir du moment où ils vont écrire plus vite que ne lit Nils qui doit toujours garder le même rythme.

Un huis-clos violent qui interroge.

 

La fin de la rencontre

Pierre, Colette et Simone, après la rencontre