Gap -  Hautes-Alpes

La nuit tombée

Antoine Choplin

La Fosse aux ours, 2012

 

 

- Accueil

- Qui sommes-nous ?

- Livres nomades 2016-2017:
    Présentation de l'action
    Choix des livres nomades
    D'autres livres que nous avons aimés
    Les lieux relais
    Livres nomades à l'Argentière

- Livres nomades :
      (années précédentes)


    2007_2008
    2008_2009
    2009_2010
    2010_2011   
    2011_2012
    2012_2013
    2013_2014
    2014_2015
    2015_2016


- Rencontres littéraires :

     Franck Pavloff
     Michel Moutot
     Nicolas Cavaillès
     Sandrine Collette
     Slobodan Despot
     Gauz
     Pierre Lieutaghi
     Kaoutar Harchi
     Sylvain Prudhomme
     Olivier Truc
     Maylis de Kerangal
     Antonio Altarriba et Kim
     Makenzy Orcel
     Metin Arditi
     Dinaw Mengestu
     Gilles Leroy
     Denis Grozdanovitch
     Alice Zeniter
     Serge Joncour
     Liliana Lazar
     Christophe Bigot
     Boualem Sansal
     René Fregni
     Jean Pierre Petit
     Hubert Mingarelli
     André Bucher
     Beatrice Monroy
     Samuel Millogo
     Alfred Dogbé
     Ghislaine Drahy
     Autour d'Isabelle Eberhardt
     Hélène Melat, littérature russee

- Des coups de coeur

- Lectures partagées :
    2014_2015
    2015_2016
    2016_2017

- Pérégrinations littéraires :
    2015_2016
    2016_2017

- Echappées livres :
    2015_2016
    2016_2017

- Co-édition :
     J.I.P. Italie
    Le J.I.P. Algérie, 40 ans après

- Notre ancienne revue :
    La trame des jours

- Contact

- Bulletin d'adhésion

Gouri n’est pas revenu ici depuis deux ans. Il traverse des villages sur sa moto, une remorque brinquebalante accrochée à l’arrière. Village après village, les voitures se font de plus en plus rares. C’est vers la zone qu’il se dirige, une zone où la nuit est tombée , le 26 avril 1986.
On comprend vite qu’on est en Ukraine, dans la zone de Tchernobyl, (nom qui n’est jamais donné). Les indications qui nous font comprendre : une femme parle de son troupeau de vaches dont il ne faut pas boire le lait. Gouri traverse des villages dont les maisons sont désertées, les fenêtres brisées, les portes défoncées...
Puis c’est l’arrivée à Chevtchenko : Gouri met pied à terre, passe quelques maisons abandonnées et arrive près d’une maison aux volets bleus dont la cheminée fume. C’est là qu’il va retrouver ses amis : Vera et Iakov. Ils sont restés dans leur maison mais Iakov est malade, à cause des radiations reçues pendant la catastrophe.
On apprend que Ksenia, la fille de Gouri elle aussi, est malade.

Gouri va demander à Iakov de raconter. Et Iakov raconte :
- quand on a réquisitionné les hommes pour différents travaux aussi durs qu’inutiles : par ex. enterrer la terre d’un champ, pour enfouir la première couche de terre.
- quand ils voyaient les arbres de la forêt rougeoyer la nuit
- quand ils évacuaient les gens des villages qui devaient abandonner leur maison
- quand ils ont dû arracher une vieille femme qui ne voulait pas partir
- quand ils traversaient des jardins recouverts de taches violacées, des flaques de césium
- quand une pluie noire leur tombait dessus …

Gouri va passer la soirée avec ses amis et quelques voisins et il va leur révéler pourquoi il est revenu, car son but c’est d’atteindre la ville de Pripiat, une ville abandonnée et interdite. En fait il avait quitté la zone avec sa femme et sa fille après la catastrophe, on est deux ans et demi plus tard. Pourquoi est-il revenu ?

Un livre essentiel qui nous plonge dans le temps et l’espace post-nucléaire. Les descriptions sont à la fois brèves et d’un réalisme qui vous coupe le souffle: il est par ex. question d'un jus qui suinte des murs; c'est comme une palpitation de la ville qui semble continuer à vivre, alors que l'homme en est exclu.

Gouri, devenu écrivain public à Kiev, met sa plume à la disposition des autres. Gouri est un poète qui a écrit un poème par jour depuis la catastrophe. Un poème sur l’avant Tchernobyl Lire p.71. Un poème sur la bête Lire p.72 : Pourquoi tu as fait ça ? Lire p.73
L'existence de ces poèmes soulève la question essentielle  : quel est le rôle de l’art, de la littérature face à la barbarie ? L’écriture est le rempart contre l’oubli. Les mots permettent de survivre après la mort. L'art permet sans doute de rester debout, dignes. On parle d’élégance. Ne pas rester silencieux peut-être.

Le livre est court. L’essentiel est dit : face à un tel événement, il ne faut pas trop dire, il faut effleurer les choses. Chaque mot est choisi, pesé et c’est suffisant pour faire affleurer l’émotion. Face à toutes ces vies anéanties, il faut être pudique. Les silences, les non-dits disent mieux que les mots. L'expression Un temps qui revient souvent marque ces silences, comme des respirations . Face à une telle catastrophe, on pourrait croire que tout a été anéanti, qu’il ne reste rien, c’est une zone séshumanisée et pourtant il y a encore de l’amitié, de la fraternité et de l’amour aussi. Parce qu’il y a une histoire d’amour dans ce livre, dans cet endroit glacé : Iakov qui va mourir adresse une requête à Gouri.

A tout cela s’ajoute une écriture poétique, où tous les mots sont pesés : pas trop d’adjectifs, pas de pathos, pas de colère, pas de révolte ; les personnages sont généreux, ce sont des gens ordinaires d’une grande dignité et d’une grande humanité. Le narrateur les compare aux musiciens qui chantent sur le pont du Titanic.

Présentation : Anne-Marie Smith

****************************************************************************

 En marge des autorités, Gouri fait une expédition dans son ancien appartement à Pripiat afin de récupérer la porte de la chambre de sa fille Ksenia, sur le bois de laquelle les étapes de sa croissance avaient été gravées. En attendant que la nuit tombe pour pénétrer en catimini dans la zone interdite, il rend visite à d’anciens amis demeurés dans un village alentour.  Au cours du dîner, soupe au poulet et pommes de terre, chou, et abondance de vodka, d’autres nourritures sont également partagées, les souvenirs, la désolation des lieux, la maladie des corps et des esprits, la tendresse…
Le texte est d’une sobriété exemplaire. La langue simple, directe, ramassée en l’essentiel, se fraie son chemin jusqu’au cœur du lecteur.
Un livre du constat,  un livre sur le vide de l’après, un livre sur le lien humain. Un très beau livre, à lire et à refermer dans le silence.

Présentation : Danielle Alloin