Gap -  Hautes-Alpes

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Année 2019-2020


Lectures partagées continue durant l'année 2019-2020. Une activité appréciée à côté des livres nomades pour permettre aux lecteurs de faire de belles découvertes de lecture et de les partager avec les autres.

Littera 05 vous invite donc à venir aux dates ci-dessous, présenter un livre , actuel ou ancien, que vous aimeriez partager avec d'autres amoureux de la lecture .Vous pouvez aussi venir seulement pour écouter .


Sans avoir d’obligation quant à la façon de faire connaitre un livre, il peut être utile de rappeler, en quelle année il a été écrit et peut être quelques mots sur l'auteur, histoire de le situer pour ceux qui ne le connaitraient pas. Une lecture d’un bref extrait aide aussi à donner une idée du style de l’auteur, mais toute latitude est laissée au « présentateur »
.


Comme les autres années,
"Lectures partagées" aura lieu à La Nouvelle Librairie,
6 cours Victor Hugo à Gap,
de 18h à 19h30

 

 

Jeudi 3 octobre 2019

Jeudi 7 novembre 2019

Jeudi 12 décembre 2019

Jeudi 9 janvier 2020

Jeudi 6 février 2020

Jeudi 5 mars 2020

Jeudi 2 avril 2020

Jeudi 7 mai 2020

Jeudi 4 juin 2020

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Lectures partagées en temps de confinement

Avril 2020

Miss Islande de Audur Ava Olafsdottir -Prix Médicis étranger 2019 - Eric Boury Traducteur - Zulma, 2019

Islande dans les années 1960, une jeune femme Hekla (qui porte le nom d’un volcan) quitte la ferme de ses parents pour la capitale Reykjavik avec l’ ambition de devenir écrivain. Parcours semé d’embûches dans une société où les femmes sont encore destinées à faire des enfants et, si elles sont jolies, à briguer le titre de « Miss Islande ». L’auteur a, comme dans ses précédents romans, cette finesse pour décrire les sentiments, une délicate légèreté matinée de profondeur.

Deux autres personnages sont importants dans ce livre, Jon John, son amour de coeur, un homosexuel qui rêve de devenir costumier de théâtre et se débat dans un monde de marins homophobes et Isey, sa meilleure amie, mariée, un enfant, qui s’évade par les mots confiant à son journal ses pensées inavouables. De belles réflexions sur la liberté, la différence, la création, l’amitié.

Extraits :

«Nous sommes tous pareil, des baleines déboussolées et mortellement blessées. »
« J'attrape la machine à écrire sous le lit, j'ouvre la porte de la cuisine, je pose la machine sur la table et je place une feuille sur le cylindre.
C'est moi qui ai la baguette du chef d'orchestre.
J'ai le pouvoir d'allumer une étoile sur le noir de la voûte céleste. Et celui de l'éteindre.
Le monde est mon invention. »

Un silence brutal de Ron Rash - Isabelle Reinharez, traductrice - Gallimard, 2019

J’ai été un peu surprise par ce roman, qui tout en étant proche par le sujet, est différent du style habituel de l’auteur. Nous sommes toujours dans les Appalaches, entre rivière et montagne, Deux personnages principaux, LES un shérif bientôt à la retraite et BECKY obsédée par la protection de la nature, deux personnes traumatisées et blessées par la vie qui trouvent un apaisement dans leur relation amicale plus qu’amoureuse mais rien n’est simple. Les chapitres alternent avec la voix de l’un ou de l’autre, celle de Becky, poétique, imagée, solitaire, inadaptée à la vie en société, celle de LES plus matérielle, plus descriptive, ancrée dans la dure réalité du trafic de drogue, ravages de la meth qui détruit la jeunesse dans des régions frappées par le chômage et délaissées par les pouvoirs publics.. Lui même n’est pas exempt de quelques déviances mais il est profondément humain et s’attache du mieux qu’il peut à régler les conflits entre les nouveaux riches, les trafiquants, un ami d’enfance, Gérald un vieil homme têtu qui refuse de quitter sa maison et de se soumettre à la loi des nouveaux propriétaires.
Tragédie moderne où deux mondes s’affrontent, deux visions incompatibles de la vie au milieu d’une nature que la plume de Ron Rash ne cesse de magnifier.

Extraits :

« Trouant l'épaisseur de la canopée, des échasses de soleil arpentent le sol. »
«Tout au fond de moi qui suis-je ? ... Il y a des gens qui vivent toute leur vie sans connaître la réponse. D’autres la connaissent et, la tête haute ou basse, vivent avec. »
« Malgré la faible clarté le miel luisait, soleil plongé dans une terrestre obscurité"

La Daronne de Hannelore Cayre - Points Policier, 2020

Petit livre mais vrai bonheur de lecture pour un polar que j’avais oublié, noyé sous une pile d’ouvrages plus conséquents. Féroce et politiquement incorrect. Comment Patience, 53 ans, deux filles et une vieille mère acariâtre en EHPAD, une femme effacée, solitaire, socialement inexistante, traductrice arabe pour le ministère de la justice mais curieusement travailleuse non déclarée par ladite administration, bascule un jour dans la complète illégalité alors que son ami du moment est inspecteur de police. Entre écoutes, trafic de drogue, opportunité, souvenirs, mauvais esprit, un cocktail jouissif d’humour.

Extraits :

« A moins d'être un total détraqué, on pénètre dans un EPHAD avec l'obsession d'en ressortir au plus vite ».
«Racistes de tout bord, sachez que la première et la dernière personne qui vous nourrira à la cuillère et qui lavera vos parties intimes est une femme que vous méprisez ! »

- à ce stade de la nuit de Maylis de Kerangal - Verticales, 2015

Le 30 octobre 2015, la narratrice de ce court roman (74 p.) est dans sa cuisine. La radio est allumée. Tout le monde dort.

La radio diffuse à faible volume sonore qui murmure dans l'espace, circule et tournoie comme le ruban de la gymnaste. Je ne réagis pas aussitôt à la voix correctement timbrée qui, inaugurant le journal après les douze coups de minuit, bégaye la tragédie sinistre qui a eu lieu ce matin, je perçois seulement une accélération, quelque chose s'emballe, quelque chose de fébrile. Bientôt un nom se dépose : Lampedusa. Il résonne entre les murs, stagne, s'infiltre parmi les poussières, et soudain il est là, devant moi, étendu de tout son long, se met à durcir à mesure que les minutes passent - coulée de lave brûlante plongée dans la mer...
Un bateau venu de Libye, chargé de plus de cinq cents migrants, a fait naufrage ce matin à moins de deux kilomètres des côtes de l'île de Lampedusa : près de trois cents victimes seraient à déplorer.

Et puis son esprit se détache du drame qu'elle vient d'entendre pour se fixer sur le nom de Lampedusa. C'est d'abord le visage de Burt Lancaster qui s'impose à elle, le Prince Saliena de Lampedusa, héros du "Guépard" de Visconti, film qui raconte le déclin de l'aristocratie sicilienne au début du XXe s.
D'autres souvenirs surgissent : d'autres îles, des livres lus, des voyages, des toponymes..
pour revenir après à Lampedusa alors qu'elle rejoint sa cuisine qu'elle avait quittée.

Soudain une voix comme une boule de feu affole la cuisine, elle est archaïque et déplacée, vergogna, vergogna ! Elle demande au monde entier de venir voir, de venir voir ce qui se passe ici à Lampedusa.

J'ai su que Lampedusa était le nom d'une île, il y a une vingtaine d'années ... A l'époque, ce nom était pour moi celui de Burt Lancaster.... Etrangement, le toponyme insulaire n'avait encore jamais recouvert le nom de fiction qui avait fini par sédimenter en moi - ce nom de légende, ce nom de cinéma -, mais ce matin, matin du 3 octobre 2013, il s'est retourné comme un gant, Lampedusa concentrant en lui seul la honte et la révolte, le chagrin, désignant désormais un état du monde, un tout autre récit.

Quatuor d’Anna Enquist - Emmanuelle Tardif, traduction - Actes Sud, 2016

Un roman choral, musical, psychologique, politique. On suit la vie de cinq personnages, 4 amis qui forment un quatuor amateur, dont un couple, Caroline et Joachem qui n’arrivent pas à se remettre d’un drame traumatisant, tous sont liés par leur amour de la musique et se retrouvent chaque semaine pour répéter. Il y a aussi Reinier, un vieil homme, ancien soliste virtuose, qui vit reclus, terrifié par le monde qui l’entoure. Le roman se passe sans doute à Amsterdam, dans une atmosphère légèrement futuriste, bien que..., Anna Enquist décrit un monde assez effrayant, inhospitalier où les politiques sont incultes, idiots, incompétents ou corrompus, la culture est un luxe inutile, l’assurance maladie un privilège, et la vieillesse une disgrâce, les personnes âgées sont euthanasiées très rapidement après leur entrée dans des institutions aux allures pénitentiaires. Tandis que les quatre amis s’isolent et se consolent dans leur planète musicale, en compagnie de Mozart, Schubert ou Dvořák, le procès d’un criminel célèbre va avoir lieu, la ville est en effervescence. Malgré eux, ils vont devoir faire face à une situation imprévue et dangereuse. Le roman psychologique prend alors des allures de thriller.

Extraits :

« Gare aux effusions : ses propres sentiments, elle doit les traduire par l'intonation et par le maniement de l'archet. Les auditeurs ont le droit de pleurer, pas les musiciens, disait toujours son professeur. »

« Les parents, songe Caroline. Les gens qui viennent de perdre un enfant ont un air de désespoir brutal qui fait fuir tout le monde. Il faudrait les enfermer jusqu'à ce que les angles se soient un peu arrondis.ça ne se fait pas d'exposer les autres à ce spectacle nocif. »

Dieu, le temps, les hommes et les anges de Olga Tokarczuk - Christophe GLOGOWSKI, Traduction - Robert Laffont, 1998

Prix Nobel de Littérature 2018

Roman déconcertant à plus d’un titre, l’originalité de la forme, de très courts chapitres (84), tous commençant par « le temps de…. », certains ancrés dans la réalité, la vie des nombreux personnages, d’autres plus proches du conte ou de la légende, des instantanés de la vie d’un village et de ses habitants côtoient des évènements de la grande histoire, le traumatisme de la guerre, profondes réflexions sur le sens de la vie et sur Dieu. Ce petit village polonais Antan est le centre de l’univers, toutes les questions existentielles y sont interrogées. L’auteure bouscule les certitudes avec une écriture poétique, très personnelle et l’intrusion des contes et légendes dans un récit historique construit comme un puzzle. A travers quelques destins individuels, c’est l’histoire de la Pologne qui nous est narrée avec une dimension universelle. Pour moi, une très belle découverte. Dès que je peux, je me lance dans la lecture de « les livres de Jacob ».

Extraits :

« Qui suis-Je? se demande Dieu. Dieu ou homme? Peut-être l’un et l’autre à la fois? Peut-être aucun des deux? Ai-Je créé les hommes ou les hommes M’ont-ils créé »

« La lune, c’est seulement le masque du soleil. Il le met quand il sort la nuit pour surveiller le monde »

« Or, c'était un temps où les femmes mouraient plus vite que les hommes. Elles étaient ce récipient d'où l'humanité sourd goutte à goutte. Les enfants sortaient d'elles comme les oisillons des œufs. Chaque femme-œuf devait ensuite se recoller d'elle-même, reconstituer sa coquille. Plus la femme était robuste, plus elle mettait d'enfants au monde et plus elle s'étiolait. Dans la quarante-cinquième année de sa vie, le corps de Florentine, libéré du cycle de l'éternelle parturition, atteignit enfin le nirvana de la stérilité. »

La confrérie des moines volants de Metin Arditi - Points poche 2014

Récit tiré d’une histoire vraie. En 1937. le régime soviétique pille, détruit les trésors de l’église russe orthodoxe et tue et torture des centaines de milliers de prêtres et de moines . Le roman nous raconte l’histoire du moine ermite Nikodime qui va tenter, en compagnie d’une poignée de moines qui ont réussi à s’échapper et vivent dans la forêt, de sauver certains de ces trésors de l’art sacré, particulièrement des icônes, cette association improbable va s’appeler « la confrérie des moines volants ».

Une histoire de résistance et de rédemption. Nikodime cherche en permanence à expier une faute commise dans sa jeunesse et s’impose de nombreux tourments sans jamais y parvenir. Ce sauvetage est l’occasion de se racheter. Il rencontre Irina qui le séduit même s’il s’en défend. De leur relation éphémère naîtra un enfant qui aura lui-même un fils qui découvrira seulement à l’âge adulte ses origines russes et décidera de partir à la rencontre de ce grand-père méconnu et permettra la découverte de ce qu’il avait si bien su dérober à la convoitise des bolcheviques.

Extraits :

« Presque toute la surface de la toile est sombre. Mais cette lumière qui illumine le corps de la femme au milieu de l'obscurité, c'est l'histoire de la Russie. Nous cherchons le drame à tout prix, pour le plaisir de la consolation »

«Chez nous, l'icône n'est pas un ornement, comme chez les chrétiens de Rome. Elle est au cœur de notre foi. C'est devant nos icônes que nous déposons nos fardeaux. Elles nous tiennent unis, nous autres Russes de toutes les couleurs que nous sommes.. »

Mort d’une héroïne rouge de Qiu Xiaolong - Fanchita GONZALEZ-BATLLE Traduction - Liana Lévi, 2014

Le cadavre d’une jeune femme est retrouvé dans un canal. La jeune morte est une travailleuse modèle de la nation, une héroïne rouge. L’affaire devient tout de suite politique, on soupçonne très vite un photographe qui s’avère presque intouchable car trop près du pouvoir en place. Première enquête de l’inspecteur Chen, figure originale de policier poète. L intrigue avance lentement, au gré de la vie à Shanghai, à travers les méandres de la Chine moderne, en suivant un parcours gastronomique, au rythme des citations poétiques de l’érudit inspecteur Chen. Un univers très loin des romans policiers scandinaves ou américains. L’auteur nous accompagne dans la découverte de la Chine d’aujourd’hui en nous éclairant sur sa complexité. Très agréable moment de lecture.

Extraits :

« Le ciel et l’enfer sont dans la tête, pas dans les choses qu’on possède dans le monde », lui avait dit un jour le Vieux chasseur »

« Sous l'éclairage de la politique, la justice ressemblait aux boules qui changent sans cesse de couleur et de forme dans les mains du prestidigitateur. »

« Dans les années soixante, et dans la logique du président Mao, plus on était instruit, plus on était considéré comme politiquement indigne de confiance pour avoir été exposé aux idées et aux idéologies occidentales. »

 

 

Lectures partagées du 5 Mars 2020

à la Nouvelle Librairie,

5 participants.

Deux livres de Mohamed Mbougar Sarr, auteur de notre sélection "Terres d’Afrique" pour son troisième roman "De purs hommes ».

Terre Ceinte, son premier roman - Présence africaine, 2014

Prix Ahmadou Kourouma 2015, Grand prix du roman métis 2015, French Voices Awards 2017.
Histoire d’une ville, Kalep, pays imaginaire, sans doute le Mali. La ville est « ceinte » parce que des djihadistes, fanatiques violents, l’ont encerclée. Un jeune couple est exécuté pour avoir entretenu une relation amoureuse. Des résistants, un groupe d’intellos, se réunissent dans une taverne et décident de publier un journal clandestin. Leurs propos intelligents et sensés vont démonter peu à peu les arguments du groupe des fanatiques appelé
« fraternité ».
On suit les personnages dans leur vie, les miliciens sont idiots sauf leur chef islamiste qui lui est très intelligent. Le peuple réagit mais de façon aléatoire, sans convaincre.
Il y a aussi l’incendie d’une librairie rappelant celui de Tombouctou.
Profonde réflexion sur l’engagement, l’importance de la parole, des dialogues enlevés et de beaux échanges épistolaires font pleinement ressentir les contradictions.

Le silence du choeur, deuxième roman- Présence africaine, 2017

Prix Littérature Monde 2018 et prix Littéraire de la Porte Dorée 2018

72 jeunes migrants arrivent. Ils ont quitté l’Afrique pour débarquer en Sicile. Une association humanitaire les prend en charge suite à l’accord de la mairie et du village mais des extrémistes ne sont pas d’accord. Vit aussi dans ce village un migrant arrivé seul, tous ses compagnons s’étant noyés. Le foot est très important mais ne suffit pas à créer des liens. On assiste peu à peu à la montée de la violence. Un final dantesque renvoie au prologue. La question principale est : Comment arriver à vivre ensemble ? Tous sont capables du meilleur comme du pire. Roman choral, diversité de la forme, très maîtrisée, pétri de références littéraires.

– Le fils de Philip Meyer - Poche, 2016

Prix littérature monde étranger 2015

Saga familiale au Texas, une dynastie, les McCullough, que l’on suit des années 1850 à nos jours. Trois personnages principaux sur trois générations.
Le patriarche, Elie, que l’on nomme Colonel, est né en 1850, il a été enlevé à l’âge de onze ans par les Comanches, il passera avec eux trois années qui marqueront sa vie. Revenu dans le monde des blancs, il prend part à la conquête de l’Ouest avant de s’engager dans la guerre de Sécession et de devenir un grand propriétaire terrien.
Son fils, Peter, effacé, écrasé par la personnalité de son père va prendre un autre chemin, révolté par l’assassinat d’une famille mexicaine, il revendique d’autres valeurs et fera d’autres choix.
La petite fille de Peter, Jeanne-Anne, est sans scrupules, elle se retrouve à la tête d’une des plus grosses fortunes du pays, sera prête à parachever l’œuvre du « Colonel ». Porté par un souffle romanesque peu commun, Le Fils est à la fois une réflexion sur la condition humaine et le sens de l’Histoire.

La loi du rêveur de Daniel Pennac - Gallimard, 2020

Début un peu ennuyeux mais c’est un livre qui s’est révélé séduisant. Il se tient toujours à la frontière entre le rêve et la réalité. C’est un mélange permanent d’imagination et de faits réels. L’enfance face à l’importance du rêve. Beaucoup de références à Fellini.

Ce qui reste en forêt de Colin Niel - Actes Sud, 2015

Deuxième enquête du capitaine Anato en forêt Amazonienne. Un homme est retrouvé mort, les poumons remplis d'eau, en pleine forêt amazonienne. La victime serait- elle tombée sur ces orpailleurs clandestins que l’on a signalés à proximité de la station ? Une enquête pleine de rebondissements et de fausses pistes, dans cette région qui subit la déforestation et l’exploitation à outrance de ses ressources. Ce livre faisait parti de notre sélection sur les grands espaces.

Zouleikha ouvre les yeux de Gouzel Iakhina - Editions Noir sur blanc, 2017

Prix de la traduction 2019 – Prix transfuge du meilleur roman étranger 2017

Préface de Lioudmila Oulitskaïa et postface de Georges Nivat.

Une grande saga russe, un roman qui vous emporte par un souffle épique avec une grande maitrise, un roman russe à l’ancienne qui vibre et nous transporte à un rythme soutenu tout le long de ses 465 pages. Un de ces livres que l’on ne veut surtout pas terminer tellement il nous a attaché au destin de la petite Zouleikha, personnage central du roman, une jeune tatare mariée à 15 ans à un paysan beaucoup plus âgé. Elle vit comme une esclave, presque analphabète, exploité par son mari, sa belle-mère, elle a perdu ses 4 premiers enfants, des petites filles mortes à la naissance, elle perpétue la tradition des croyances et de la soumission. La grande histoire va s’inviter dans ce monde fermé, c’est le début de l’expropriation des terres, de la confiscation des récoltes. Zouleikha a une vie tellement dure qu’elle va résister à tout. On va la suivre sur le long chemin de la déportation qui la mènera vers une certaine liberté. Les conditions de vie sont épouvantables mais Zouleikha est une héroïne très attachante et la plume de l’auteure est très belle. Un premier roman envoûtant. Auteure à suivre assurément.

Le bleu au-delà de David Vann -Gallmeister, 2020 - Traduction : Laura Derajinski

Recueil de nouvelles dont a été tiré Sukkwan Island complété de nouvelles inédites.

On retrouve tous les thèmes de prédilection de l’auteur et particulièrement le suicide de son père mais aussi la pêche, la chasse, les armes, l’oncle tutélaire, la nature, l’Alaska, l’image du père omniprésente, les aquariums, un petit condensé ou abécédaire de l’oeuvre de David Vann avec tout de même une nouvelle particulièrement intriguante et déconcertante au milieu du livre sur ces vieilles femmes qui perpétuent la tradition du lancement de têtes après un décès !

 

Lectures partagées du 6 Février 2020

à la Nouvelle Librairie,

8 participants.

 

– Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon de Jean-Paul Dubois - Goncourt 2019. Ed L'Olivier, 2019

Paul Hansen purge une peine dans la prison provinciale de Montréal, il partage une cellule avec Horton, un Hells Angel incarcéré pour meurtre. On va suivre les souvenirs de Paul Hansen pour découvrir pourquoi ce fils de pasteur se retrouve en prison. Comme d’habitude avec Jean-Paul Dubois, l’humour n’est pas loin, antidote à la dureté de la vie.

33 Tours de David Chariandy - Ed. Zoé, 2018 - Christine Raguet (Traduction)

(sélection Prix littéraire des Apprentis et Lycéens PACA )

L’histoire se passe dans les années 90 parmi des émigrés caribéens dans la banlieue de Toronto au Canada. Quartiers difficiles, délinquance, racisme, gangs et violences policières. Deux frères tentent de survivre et de trouver un espoir malgré tout.

Arpenter le paysage de Martin de la Soudière - Anamosa, 2019

Auteur géographe invité pour la nuit de la lecture à la Médiathèque. Essai autobiographique sur le paysage intime de l’auteur qui a pour cadre la montagne, celle des Pyrénées.
Martin de la Soudière , ethnologue au CNRS , va développer les multiples façons " d'entrer en paysage " , de se l'approprier un temps par le vécu ou par l'imaginaire , en tout lieu . Au cours du périple , il nous offre son enfance , ses parcours , ses rencontres , ses observations , ses connaissances. A la rigueur scientifique s'allie la sensibilité de l'humaniste , le tout égayé par une iconographie intéressante et variée.. La demande de Michèle Desbordes
Le livre raconte, sans jamais le nommer, la fin de vie de Léonard de Vinci, son voyage de l’autre côté des Alpes avec trois de ses tableaux dont La Joconde, son arrivée à Amboise, sa servante avec laquelle il va nouer une relation complice. Un style poétique, l’urgence de la fin de la vie.

Une bête au paradis de Cécile Coulon - L'Iconoclaste, 2019

Dernier opus d’une jeune écrivaine qui a déjà publié plus d’une dizaine de livres. Original dans la forme, chaque entame de chapitre est un verbe. Dans une ferme isolée, au bout d'un chemin de terre, appelée le Paradis, Emilienne élève seule ses deux petits-enfants, Blanche et Gabriel. L'histoire d'une lignée de femmes ( la grand-mère et la petite-fille ) qui renoncent à leur vie pour une terre, celle de la ferme du Paradis, comme une malédiction. Quasiment une tragédie grecque.

Magnus de Sylvie Germain - Gallimard Folio, 2007

Livre déjà évoqué le mois dernier.

Prix Goncourt des lycéens en 2005, Magnus est un livre sur la quête d’une mémoire effacée par un traumatisme. Franz-Georg, le héros de "Magnus", est né avant guerre en Allemagne. De son enfance, "il ne lui reste aucun souvenir, sa mémoire est aussi vide qu'au jour de sa naissance". Il lui faut tout réapprendre, ou plutôt désapprendre ce passé qu'on lui a inventé et dont le seul témoin est un ours en peluche à l'oreille roussie : Magnus. Au cours du récit, quand le nom de Franz Georg devient impossible à porter, il va s’approprier ce prénom de Magnus. Un livre à la construction savante, à l’écriture poétique, une histoire émouvante, et délicate.

Un monde sans rivage d’Hélène Gaudy - Actes Sud, 2019

En 1897, une expédition suédoise, composée de l'aéronaute Andrée, de l'ingénieur Fraenkel et du photographe Strindberg, se lance en ballon à hydrogène à la conquête du pôle Nord, à partir de l'archipel de Svalbard. On n'aura plus de nouvelles d'eux, jusqu'à ce que, trente-trois ans plus tard, leurs dépouilles et les restes de leur campement soient découverts sur une autre île de l'archipel, Kvitøya, « l'Ile Blanche ».

Hélène Gaudy va chercher à reconstituer leur histoire à partir des photographies de Strindberg et du journal d'Andrée. Elle comble les creux par des hypothèses en s’aidant des récits d’autres explorateurs. On s'étonne avec elle de l’amateurisme, de la désinvolture, du manque d’équipement des protagonistes dont la principale obsession était la notoriété, être les premiers à planter leur drapeau sur ce territoire encore inexploré. Echoué sur la banquise après seulement trois jours de vol, au lieu de penser à rentrer pour rester en vie, le trio va, pendant trois mois, s'obstiner contre tout espoir à tenter de réaliser son objectif, à pied, perdu dans une immensité blanche où la terre a disparu, et où glace et ciel se fondent en un vaste espace sans délimitation. Leurs vêtements ne sont pas prévus pour résister au froid, leur traîneaux remplis de choses inutiles beaucoup trop lourds pour cette surface mobile, mouvante. L'autrice survole les époques et les lieux, retraçant leur épopée et l'histoire de leurs proches, de la France au Svalbard en passant par la Suède.

C'est aussi une belle histoire d'amour, celle de Nils et Anna, cette dernière ayant souhaité qu'à sa mort, son coeur lui fut arraché pour reposer à côté de celui qu'elle n'a jamais pu oublier. Passionnante reconstitution et réflexion sur les motivations profondes des aventuriers.

Compartiment pour dames d’Anita Neer

Pour nous, une femme célibataire c’est normal, mais en Inde, est-ce possible pour une femme d’être libre ?
Akhila, fille aînée d'une famille dont elle a la charge, décide un jour de partir seule en voyage. Elle prend le train et se trouve dans un compartiment avec six autres femmes. Le voyage sera source d'échanges, de prises de conscience. Chaque femme racontera son histoire : avortement, homosexualité, pédophilie, contraception sont autant de thèmes abordés et autant de tabous.

– Anguille sous roche d’Ali Zamir - Le Tripode, 2016

Quelque part dans l'océan Indien, une jeune femme se noie. Ses forces l'abandonnent mais sa pensée, tel un animal sur le point de mourir, se cambre : dans un ultime sursaut de vie et de révolte, la naufragée nous entraîne dans le récit de sa vie.

Livre déconcertant, une très belle langue. On est happé par la longue phrase sans ponctuation, emporté dans le naufrage, essoufflé, pouvoir hypnotique du rythme des mots ou alors agacé et laissé sur le rivage. Deux opinions opposées sur ce livre d’un des auteurs de notre sélection « terres d’Afrique".

 

 

Lectures partagées du 9 Janvier 2020

à la Nouvelle Librairie,

10 participants.

 

Le silence a toujours le dernier mot de Martine de Salvatore - Ed. L'Harmattan :

L’auteure est venu nous présenter son recueil de nouvelles édité chez L’Harmattan et nous en a lu un passage..

– La Maternelle de Léon Frapié - L'éveilleur éditions, 2020

Prix Goncourt de 1904. Ecriture au langage corrosif. Histoire d’une jeune fille de bonne famille qui a perdu sa fortune. Elle devient assistante scolaire dans une école du quartier ouvrier de Ménilmontant et décrit son quotidien avec beaucoup d’acuité et de façon très concrète. Ecriture surprenante, crue pour parler de la misère des habitants, un langage qu’il paraît difficile d’employer aujourd’hui bien qu’il soit très moderne dans la forme.

Une vie française de Jean-Paul Dubois - L'Olivier, 2019 - Prix Fémina 2004.

En 1958, le petit frère de Jean meurt au cours d’une opération, la vie de toute la famille va en être bouleversée, les parents sont inconsolables et la mère de Jean incapable de s’occuper de lui . Il va grandir avec la télévision. Le livre est construit avec les grands évènements de l’histoire. L’auteur mêle avec brio et un certain cynisme la grande et la petite histoire.

La loi de la mer de Davide ENIA - Albin Michel, 2018 - Françoise Brun, traduction

Ecrivain italien, natif de Palerme. Le sujet du livre est le témoignage de l’auteur qui a vécu à Lampedusa de 2013 à 2016. Pendant plus de trois ans, sur cette île entre Afrique et Europe, l'écrivain et dramaturge Davide Enia a rencontré habitants, secouristes, pêcheurs, exilés, survivants. En se mesurant à l'urgence de la réalité, il donne aux témoignages recueillis la forme d'un récit inédit, littéraire et poétique, déjà couronné par le prestigieux prix Mondello en Italie. Le récit parle aussi de la famille de l’auteur, parmi lesquels des médecins qui aident les migrants. Il souligne à la fois l’immense générosité, la détresse morale et l’horreur dont sont capables les hommes.

Mais leurs yeux dardaient sur Dieu de Zora Neale Hurston - Zulma, 2018 - Sika Fakambi, traduction

L’auteure raconte la transition de l'après esclavage, où les Noirs commencent à peine à prendre de l'autonomie et subissent encore la ségrégation. C'est le roman de l'émancipation d'une femme. Il débute par le retour de Janie des Everglades et elle a sacrément du courage, du culot pour assumer son destin et affronter le regard de ses voisins. Le livre a deux langages, celui poétique de l’auteure et le franc parler, créatif et authentique, une sorte de patois qui donne une idée sans doute assez juste des palabres et des traditions. Janie se mariera 3 fois, trois vies totalement différentes, une belle histoire d’amour.

Portrait d’une femme entière, animée par la force de son innocence, qui brave la rumeur du monde et se révèle à l’existence, Zora Neale Hurston fut une pionnière de la littérature afro - américaine, considérée par la grande Toni Morrison comme "l'un des plus grands écrivains de notre époque ." Paru en 1937. À découvrir ou redécouvrir dans une traduction inédite magistrale. .

– Or de Audur Ava Olafsdottir - Catherine Eyjólfsson,traduction - Zulma, 2017

Or signifie « cicatrices ». Le narrateur, Jonas, ne trouve plus d’intérêt à la vie, sa femme est partie, sa fille habite loin, sa mère est au plus mal. Il décide de se suicider et de partir loin de chez lui pour ne pas traumatiser son entourage. Pour seuls bagages, il emporte sa caisse à outils, sa perceuse pour fixer la corde et ses carnets intimes. Il arrive dans une ville fantôme laissée en ruines après une guerre. Il se met à aider les gens, il se rend utile, bricole et retrouve un sens à sa vie.

La terre invisible de Hubert Mingarelli - Buchet Chastel, 2019

Dans l’Allemagne occupée, un photographe de guerre ne parvient pas à s’en aller et à rentrer chez lui en Angleterre. Il est hanté par la libération d’un camp de concentration à laquelle il a assisté. Il décide de partir au hasard des routes. Il photographiera les gens de ce pays devant leur maison dans l’espoir de comprendre qui ils sont pour avoir pu laisser faire ce qu’il a vu.

Hubert Mingarelli a réussi à écrire un livre sur le silence, les non dits, Son écriture semble de plus en plus épurée. L’image de la libération du camp est ce rêve récurrent d’une bâche qui se soulève dévoilant une montagne de cadavres….

Eloge de la peur de Gérard Guerrier - Ed. Paulsen, 2019

L’auteur a pratiqué lui même des sports extrêmes mais un jour son fils meurt…

Réflexions sur les motivations, la façon de maîtriser sa peur. Une fois dans l’action, il est trop tard pour avoir peur. Il faut une hyper vigilance. Vivre à propos.

La peur est aujourd’hui au cœur de nos sociétés. Elle nous surprend, nous paralyse, nous fragilise. Pourtant des femmes et des hommes choisissent de la vivre au quotidien en prenant des risques et en exposant leur vie. Ce sont les aventuriers, les explorateurs, les sportifs extrêmes. Pourquoi ont-ils choisi de vivre dangereusement malgré la peur ? Quel rôle joue-t-elle dans leur vie? Est-il possible ou même souhaitable de la maîtriser ? Quel est leur secret ? Leur force ? Que peuvent-ils nous apprendre afin de l’éviter ou mieux la vivre ? Pour mieux comprendre ces peurs choisies, Gérard Guerrier s'est tourné aussi bien vers les philosophes que vers les neuroscientifiques et les psychiatres. Surtout, il s’est entretenu de longues heures avec de nombreux aventuriers et sportifs extrêmes. Ici, philosophes et sociologues, base-jumpeurs et freeriders, explorateurs, montagnards et marins dialoguent par-delà l’Histoire et la Géographie, le temps et l’espace sur la peur, leurs peurs. Et comme en la matière, rien ne vaut l’intime, Gérard Guerrier nous livre également ses peurs vécues… de la simple appréhension à la terreur pure.

La panthère des neiges de Sylvain Tesson - Gallimard, 2019

"- Tesson ! Je poursuis une bête depuis six ans, dit Munier. Elle se cache sur les plateaux du Tibet. J'y retourne cet hiver, je t'emmène.

-Qui est-ce ?

-La panthère des neiges. Une ombre magnifique !

-Je pensais qu'elle avait disparu, dis-je.

-C'est ce qu'elle fait croire."

La belle plume de Sylvain Tesson témoigne de cette aventure au Tibet en compagnie du photographe animalier Vincent Munier. Il y a appris la patience et la contemplation. Il nous conte son émerveillement face à cette nature sauvage encore préservée.

– Des gens comme nous de Leah Hager Cohen - Laurence Kiefe, traduction - Actes Sud, 2020

Coup de coeur de Claudine pour ce livre de la rentrée de janvier .
Histoire d’une famille qui se retrouve dans une grande maison familiale à l’occasion du mariage de la fille aînée avec son amie.
Portrait très drôle des personnages, plusieurs générations, une mère, ses 4 enfants, un adolescent qui s’éveille à une conscience politique et sexuelle.
C’est cocasse, émouvant ; Cela se passe dans la banlieue de New York.

 

Lectures partagées du 12 Décembre 2019

à la Nouvelle Librairie,

7 participants.

Le cherche bonheur de Michaël Zadoorian - Jean-François Merle, traducteur - Fleuve Editions, 2010

Le cherche bonheur, c’est le nom d’un camping car avec lequel deux octogénaires s’embarquent pour un ultime voyage le long de la légendaire route 66... Lui a la maladie d’Alzheimer, elle un cancer. Leur objectif : Disneyland, un lieu où ils sont déjà allés. Ils ont sillonné de si nombreuses fois les routes américaines avec leur cher camping car et leurs enfants qui vont avoir de nombreuses raisons de s’inquiéter de ce périple décidé sans leur demander leur avis. Aventures qui, malgré le contexte, sont réjouissantes. Et pleines de surprises...

Le ciel par dessus le toit de Natacha Apanah - Gallimard, 2019

Dans ce livre, tout est suggéré. Trois protagonistes, Lou, jeune garçon qui est en prison, Paloma la sœur de Lou et Eliette, leur mère. Histoire d’un traumatisme, d’une famille cabossée. Eliette est devenue Phénix pour renaître autrement, c’était une enfant très belle, trop idéalisée par ses parents. Lou est en prison car il a fugué, a volé une voiture et a pris l’autoroute à contresens. Un beau roman, une belle écriture poétique.

Starlight de Richard Wagamese - Christine Raguet, traduction - Ed Zoé, 2019

Suite des « étoiles s’éteignent à l’aube ». On retrouve Franck Starlight devenu adulte.

Roman inachevé, l’auteur est mort avant de le terminer mais on retrouve intacte la qualité d’écriture, la description de la nature est toujours magnifiée, c’est un roman sur la transmission. Franck, qui a tout appris du vieil homme qui l’a élevé, devient aussi un médiateur auprès d’une femme et de sa fille en fuite qu’il a recueillies et qui vont peu à peu s’ouvrir et découvrir grâce à lui la puissance rédemptrice de la nature. Il est devenu un photographe animalier, sa capacité de se fondre dans la nature pour approcher au plus près de la faune sauvage lui ont permis de prendre des clichés exceptionnels qui vont lui apporter une notoriété dont il n’a pas envie, son seul souhait est de continuer à vivre simplement où il a été élevé avec son ami Roth qui l’aide à entretenir la ferme. Le roman est construit comme un western avec les éléments d’un thriller, des méchants, des gentils et la nature qui va peut-être tout solutionner, la fin étant laissée à notre appréciation….

Encre sympathique de Patrick Modiano- Gallimard, 2019

On retrouve dans ce roman la petite musique de Modiano, la nostalgie, la quête, le travail de mémoire qui surgit de presque rien. Jean Ebène le narrateur, en quittant son employeur, a emporté un dossier bleu qui va lui permettre 30 ans plus tard de reprendre l’enquête sur la disparition de Noëlle Lefebvre. L’encre sympathique, une écriture qui se révèle avec une substance quand on emploie un procédé particulier, du jus de citron par exemple. Comme les pans de notre mémoire qui ont besoin d’être recherchés, fouillés pour se révéler à nous. On pense à la chanson de Vincent Delerm « le baiser Modiano ». Toujours le même livre ? Non, une quête qui se continue, s’affine et, si on aime Modiano, nous enchante toujours autant.

Croire aux fauves de Nastassja Martin - Ed. Verticales, 2019

Jeune anthropologue qui vit à La Grave. Elle étudie une tribu qui vit en Russie, dans les montagnes du Kamtchatka. Un jour, elle est attaquée par un ours, défigurée mais sortie vivante de cette confrontation entre l’animal et l’humain. Le récit est celui de sa reconstruction et du statut particulier qu’elle a acquis. Il y a du chamanisme, de l’animisme dans ce récit. Défigurée, elle ne se sent plus entièrement humaine mais se sent habitée par l’ours. Elle est adoptée par la tribu qu’elle étudiait, fascinée par sa survie. Un récit étonnant qui bouscule nos repères et est fascinant par la qualité de l’écriture qui nous fait ressentir en profondeur les réflexions et la transformation de la jeune femme.

Magnus de Sylvie Germain- Gallimard, 2007

Prix Goncourt des lycéens en 2005, Magnus est un livre sur la quête d’une mémoire effacée par un traumatisme. Franz-Georg, le héros de "Magnus", est né avant guerre en Allemagne. De son enfance, "il ne lui reste aucun souvenir, sa mémoire est aussi vide qu'au jour de sa naissance". Il lui faut tout réapprendre, ou plutôt désapprendre ce passé qu'on lui a inventé et dont le seul témoin est un ours en peluche à l'oreille roussie : Magnus. Au cours du récit, quand le nom de Franz Georg devient impossible à porter, il va s’approprier ce prénom de Magnus. Un livre à la construction savante, à l’écriture poétique, une histoire émouvante, et délicate. Otto de Toni Ungerer

L’histoire de Magnus rappelle ce livre pour enfant de Toni . C’est l’histoire qui se passe en Allemagne racontée par l’ours Otto, d’un petit enfant juif qui donne son ours en peluche à un petit enfant français. Avec les évènements dramatiques de la guerre, l’ours se retrouve dans les décombres d’un bombardement et devient un symbole parce qu’il a protégé un soldat GI d’une balle. Il se retrouve dans une vitrine et permet les retrouvailles des enfants.

Il nous faut de nouveaux fauves de NoViolet Bulawayo et Stéphanie Levet (traduction) - Gallimard, 2014

Livre de notre sélection des livres nomades

Dans un bidonville du Zimbabwe, Chérie -10 ans- joue avec sa bande de copains tout en observant le monde des adultes. Elle raconte dans son langage spontané et imagé les événements sociaux et politiques qu'elle ne comprend pas toujours, tout en rêvant de partir

 

 

Lectures partagées du 7 novembre 2019

à la Nouvelle Librairie,

9 participants.

 

Murène de Valentine Goby - Actes Sud, 2019

Hiver 1956. Dans les Ardennes. Il fait très froid, tout gèle, les camions ne s’arrêtent pas par peur de ne pas redémarrer. Et là justement, le camion est en panne. François, un jeune homme de vingt-deux ans, venu visiter un ami, doit partir chercher du secours, il s’enfonce dans la neige, marche vers les bois à la recherche d’un village. Croisant une voie ferrée qui semble désaffectée, il grimpe sur un wagon oublié et…, quelques heures plus tard une enfant découvre François à demi mort – corps en étoile dans la poudreuse, en partie calciné. Le blessé pour survivre, suite à ses brûlures, doit être amputé des deux bras. Comment se reconstruire, traverser toutes ces épreuves et trouver la force de vivre avec son handicap ? La belle plume de Valentine Goby nous raconte cet étonnant destin.

Le jour d’avant de Sorj Chalendon - Grasset, 2017

En 1974, Michel Flavent est adolescent, son père Jean est cultivateur, son frère Joseph abandonne son métier de mécanicien pour celui de mineur. Joseph va travailler à la fosse Saint-Amé à Liévin, mine qui fera la Une le 27 décembre 1974 lorsque 42 mineurs périront à cause d'un coup de grisou laissant des familles dévastées et une ville en colère car la catastrophe aurait pu être évitée. Michel veut faire payer les responsables. Il y aura procès et des retournements de situation inattendus. . Il y a plusieurs lectures, une histoire de fraternité, d'identité, de traumatisme, de culpabilité, avec omniprésente la mine qui détruit tous ceux qu'elle a séduits car les mineurs sont fiers aussi d'y travailler. Roman humain, sociologique, psychologique, très émouvant.

– L’échelle de Jacob de Ludmila Oulitskaïa - Folio, 2019

L’action se passe en Russie. Nora, une jeune femme moderne vit à Moscou à la fin des années 70, elle élève seul son fils. A la mort de sa grand-mère, elle découvre les lettres que se sont écrites ses grands parents, Maroussia et Jacob pendant près de 25 ans, tous deux à la personnalité antagoniste, l’un venant d’une famille aisée, l’autre plus révolutionnaire. Deux époques, de celle du tsar à celle de Poutine. C’est le portrait de la Russie qui est brossé à travers la vie de ces trois personnages principaux.

Murambi, le livre des ossements de Boubacar Boris Diop - Zulma, 2014

Livre de notre sélection « terres d’Afrique », S’il était « un miracle » pour Toni Morrison, pour nous, il est de ces romans nécessaires et essentiels qui restent gravés à jamais dans les mémoires, poignant et respectueux, terrible et salutaire, porté par une recherche sans faille du mot juste.

Construit comme une enquête et un réquisitoire, c’est saisissant, d’une sobriété et d’une concision admirables. Cornélius revient au Rwanda quatre ans après le génocide. Nous suivons sa quête de vérité par la voix de plusieurs personnages mis en situation avant, pendant et après le génocide. A lire et relire la postface qui éclaire ce beau roman témoignage.

– Tous tes enfants dispersés de Beata Umubyeyi Mairesse - Ed. Autrement, 2019

Peut-on réparer l'irréparable, rassembler ceux que l'histoire a dispersés ? Blanche, rwandaise, vit à Bordeaux après avoir fui le génocide des Tutsi de 1994. Elle a construit sa vie en France, avec son mari et son enfant métis Stokely. Mais après des années d'exil, quand Blanche rend visite à sa mère Immaculata, la mémoire douloureuse refait surface. Celle qui est restée et celle qui est partie pourront-elles se parler, se pardonner, s'aimer de nouveau ? C’est une histoire de transmissions, de mémoire. L’écriture est poétique, sensible, elle soigne les blessures de l’âme avec délicatesse....

– Oublier Klara d’Isabelle Autissier - Stock, 2019

Russie, Mourmansk, au Nord du cercle polaire. Trois personnages : Youri, le fils qui vit aux Etats Unis, Rubin, son père mourant, Klara, l’absente, la grand mère scientifique disparue sous Staline. Isabelle Autissier sait tellement bien décrire la mer, les bâteaux, la nature très présente mais elle est aussi une vraie romancière en s’attachant avec finesse et une très belle écriture à ses personnages. Youri, à la demande de son père, revient en Russie, pour partir à la recherche de Klara, Ne pas oublier, comprendre enfin ce qu’elle est devenue.

– La mer à l’envers de Marie Darrieussecq - POL, 2019

Une histoire ancrée dans la réalité d’aujourd’hui. Rose, parisienne aisée, mère un peu débordée, part en croisière avec ses deux enfants en méditerranée. Une nuit, entre l’Italie et la Lybie, le paquebot recueille des migrants qui ont fait naufrage. Rose fait alors la connaissance de Younès qui a fuit son pays, le Niger, pour gagner l’Angleterre. Dans un élan maternel, le jeune homme a l’âge de son fils, elle lui donne le téléphone de ce dernier. C’est le fil rouge du récit. Un jour, Younès appelle à l’aide et Rose, sans vraiment le vouloir, sans vraiment réfléchir, par instinct, va entreprendre le voyage jusqu’à Calais pour le ramener chez elle. Leur vie à tous va en être bouleversée. Il manque peut-être un supplément d’âme pour que le roman soit crédible et attachant...

– ASTA de Jon Kalman Stefansson - Grasset, 2018

Sixième livre de Stefansson et toujours autant d’émotion. Des personnages profonds, un récit non linéaire, des sauts dans le temps, des retours en arrière.

Reykjavík, début des années 50. Sigvaldi et Helga décident de nommer leur fille Ásta, un prénom signifiant - à une lettre près – amour. Des années plus tard, Sigvaldi tombe d’une échelle et se remémore toute son existence. .On se promène au fil de ses souvenirs, on suit la vie d'Asta, on s'attache à elle et à son mal de vivre avec empathie car, comme toujours, les personnages ne sont pas des héros mais des hommes et des femmes confrontés à un climat rude, à la difficulté d'aimer, tous écorchés et survivants de naufrages réels ou intérieurs. Intrusion aussi d'un écrivain ou de l'auteur lui-même au sein de ce récit sous forme de puzzle. On se perd pour mieux se retrouver, l'existence même est un vertige.

« Si tant est que ça l’ait été un jour, il n’est désormais plus possible de raconter l’histoire d’une personne de manière linéaire, ou comme on dit, du berceau à la tombe. Personne ne vit comme ça. Dès que notre premier souvenir s’ancre dans notre conscience, nous cessons de percevoir le monde et de penser linéairement, nous vivons tout autant dans les événements passés que dans le présent. » .La vie naît par les mots et la mort habite le silence ». Magnifique, tout simplement...

 

Lectures partagées du 3 octobre 2019

à la Nouvelle Librairie,

7 participants.

Photo de groupe au bord du fleuve d’Emmanuel Dongala - Actes Sud (Babel), 2012

Livre de notre sélection « terres d’Afrique ». Résumé à consulter sur le site https://www.littera05.com/coupsdecoeur/photodegroupeauborddufleuve.html

Né d’aucune femme de Franck Bouysse - Manufacture de livre éditions, 2019

Gabriel, un jeune curé, est sollicité par une femme pour bénir un corps dans un asile, elle lui demande aussi, sous couvert du secret, de récupérer des cahiers dissimulés sur le cadavre, ceux d’une certaine Rose. Il doit promettre de les lire. Celle qui les a écrits est une jeune paysanne d’une famille pauvre que son père, dans un moment de folie, vend comme bonne à tout faire à un maître de forges. A 14 ans, elle quitte ainsi ses parents et ses sœurs, emmenée de force dans un château où cohabitent l’homme et sa mère, une femme méchante et aigrie. La seule personne qui lui apporte quelque réconfort est Edmond, le palefrenier. Le reste du temps, elle subit la cruauté du châtelain dont elle détaille les vices dans son journal intime. Elle a appris à écrire en lisant en cachette le journal du maitre, même si elle ne connaît pas leur signification, elle devine la musique des mots qu’elle voit comme des « magiciens » qui vont l’aider à survivre. Rose sait décrire ses sensations et ses douleurs, débusquer la poésie dans la nature sauvage. Roman polyphonique obsédant, touchant, cruel et tellement romanesque

L’arbre monde de Richard Powers - Cherche midi, 2018

La vue d’un arbre magnifique, un séquoia géant, menacé d’être abattu, a bouleversé le travail de l’écrivain et sa vie.
On suit 9 personnages qui ont tous une histoire intime et profonde avec un arbre. L’héroïne principale est une scientifique qui a démontré que les arbres communiquent entre eux. Tous vont se retrouver autour de la protection des arbres. Livre monde sur l’écologie.

Le chagrin des vivants d’Anna Hope - Folio, 2017

Le roman se passe pendant les cinq jours précédents le 11 novembre 1920 à Londres où va arriver le cercueil du soldat inconnu choisi parmi 4 cadavres. Roman choral. On entend la voix de 3 femmes de milieux différents ayant perdu un mari, un fiancé, un fils … On replonge dans la guerre qui a laissé tellement de traumatismes. La construction est intéressante et originale.

Par les routes de Sylvain Prudhomme - Gallimard, 2019

Le narrateur est un écrivain qui s’installe dans une petite ville du sud de la France pour se consacrer à son nouveau roman. Il retrouve un ami dont il a souhaité s’éloigner mais qui le fascine toujours dont on ne connaitra pas le nom. Il fait la connaissance de sa femme et de son fils avec lesquels il nouera une relation privilégiée. Toute l’histoire tourne autour de ce personnage énigmatique qui sera toujours appelé l’auto-stoppeur dont le seul but dans la vie semble être de partir pour rester libre... Malgré son amour pour sa femme et son fils, il ne peut que s’éloigner pour rencontrer des inconnus, des lieux aux noms évocateurs, une vie sur les routes faite d’heureuses rencontres, d’amitiés éphémères. Livre sur le choix, le désir, l’amitié, l’amour......

De pierre et d’os de Bérengère Cournut - Le Tripode, 2019

Roman fascinant sur la vie d’une jeune inuit séparée de sa famille par une fracture de la banquise. Elle se retrouve seule dans la nuit et le froid polaire avec juste une peau d’ours que son père a réussi à lui lancer et des chiens isolés comme elle du reste de la meute. Uqsuralik n’a pas d’autre solution pour survivre que de marcher pour trouver un refuge. Dans des conditions extrêmes, elle va mener une longue quête empreinte de spiritualité et de dépassement de soi, elle va faire des rencontres, intégrer une nouvelle famille, devenir une chamane. On la suit tout au long de sa vie, un univers onirique, une cosmogonie tellement éloignée de la notre, si stupéfiante et séduisante sous bien des aspects.

Le récit est émaillé de chants et de poèmes. On se laisse embarquer dans cette histoire pour laquelle l’auteure s’est très bien documentée avec une résidence d’écriture d’une année au Muséum d’histoire naturelle. Ce livre, en plus d’être un bon livre, est également un très bel objet, la couverture du Tripode est magnifique et les photos insérées à la fin du livre sont elles aussi très belles..

– La mer à l’envers de Marie Darrieussecq - POL, 2019

Une histoire ancrée dans la réalité d’aujourd’hui. Rose, parisienne aisée, mère un peu débordée, part en croisière avec ses deux enfants en méditerranée. Une nuit, entre l’Italie et la Lybie, le paquebot recueille des migrants qui ont fait naufrage. Rose fait alors la connaissance de Younès qui a fuit son pays, le Niger, pour gagner l’Angleterre. Dans un élan maternel, le jeune homme a l’âge de son fils, elle lui donne le téléphone de ce dernier. Un jour, Younès appelle à l’aide et Rose, sans vraiment le vouloir, sans vraiment réfléchir, par instinct, va entreprendre le voyage jusqu’à Calais pour le ramener chez elle.... Leur vie à tous va en être bouleversée.