Gap -  Hautes-Alpes

La trame des jours" n° 12

"Le français, langue d'ailleurs" - Alfred Dogbé

 

- Accueil

- Qui sommes-nous ?

- Livres nomades 2016-2017:
    Présentation de l'action
    Choix des livres nomades
    D'autres livres que nous avons aimés
    Les lieux relais
    Livres nomades à l'Argentière

- Livres nomades :
      (années précédentes)


    2007_2008
    2008_2009
    2009_2010
    2010_2011   
    2011_2012
    2012_2013
    2013_2014
    2014_2015
    2015_2016


- Rencontres littéraires :

     Franck Pavloff
     Michel Moutot
     Nicolas Cavaillès
     Sandrine Collette
     Slobodan Despot
     Gauz
     Pierre Lieutaghi
     Kaoutar Harchi
     Sylvain Prudhomme
     Olivier Truc
     Maylis de Kerangal
     Antonio Altarriba et Kim
     Makenzy Orcel
     Metin Arditi
     Dinaw Mengestu
     Gilles Leroy
     Denis Grozdanovitch
     Alice Zeniter
     Serge Joncour
     Liliana Lazar
     Christophe Bigot
     Boualem Sansal
     René Fregni
     Jean Pierre Petit
     Hubert Mingarelli
     André Bucher
     Beatrice Monroy
     Samuel Millogo
     Alfred Dogbé
     Ghislaine Drahy
     Autour d'Isabelle Eberhardt
     Hélène Melat, littérature russee

- Des coups de coeur

- Lectures partagées :
    2014_2015
    2015_2016
    2016_2017

- Pérégrinations littéraires :
    2015_2016
    2016_2017

- Echappées livres :
    2015_2016
    2016_2017

- Co-édition :
     J.I.P. Italie
    Le J.I.P. Algérie, 40 ans après

- Notre ancienne revue :
    La trame des jours

- Contact

- Bulletin d'adhésion


Les Français de France sont aujourd'hui une petite minorité au sein de la famille francophone. Cette tendance n'est pas près de s'inverser. Pour s'en convaincre, il suffit de jeter un rapide coup d'oeil rapide sur la démographie des pays qui constituent la francophonie. L'avenir de la langue française ne se joue plus en France, mais loin de son terreau original, ailleurs.

Dans la plupart des pays francophones d'Afrique noire, le français a largement investi l'espace social. Il est toujours la langue de l'élite scolarisée et gouvernante, mais en plus il est devenu la langue de la rue. Langue de la promotion individuelle et de la réussite sociale, le français tend à supplanter les langues locales dans la vie quotidienne. Ceci est particulièrement vrai des centres urbains. Aujourd'hui, il y a de plus en plus d'Africains vivant en Afrique qui ont pour première langue le français ; il y a de plus en plus d'Africains vivant en Afrique incapables de parler couramment leurs langues maternelles, c'est à dire incapables d'articuler un discours sans recourir au français.

« un important organisme non gouvernemental intervenant en milieu rural recherche un assistant de direction justifiant des compétences suivantes.... Une bonne maîtrise à l'oral et à l'écrit du haoussa ou du zarma est un atout »

Voici le genre d'offre d'emplois que l'on lit régulièrement dans la presse nigérienne.  Ces propositions proviennent des rares organismes qui proposent un emploi bien rémunéré, relativement stable et valorisant pour ceux qui parviennent à les décrocher. Sauf qu'en général les candidats à l'emploi se découvrent incapables de satisfaire au dernier critère, c'est à dire incapables de parler et d'écrire leurs propres langues. C'est d'une violente ironie.

Allons-nous vers la mort programmée des langues d'Afrique au profit du français?

Le risque est grand. Et ce serait une catastrophe en tous points de vue. Parce que cette tendance ne correspond en rien aux urgences de l'Afrique actuelle.

La promotion des langues locales a rarement été la priorité des politiques culturelles africaines. Dans la plupart des cas, on a choisi de maintenir le statu quo colonial au nom de l'unité nationale à construire. Des tentatives ont été faites ici et là pour conférer aux langues locales le statut de langues d'enseignement. En général, elles se sont soldées par des échecs retentissants en raison des obstacles techniques, financiers et politiques liés à la multiplicité des langues à l'intérieur d'un même pays africain. Ce sont là des freins réels qui ont comme détourné l'attention des enjeux essentiels.

Au cours de ces dernières décennies, l'Afrique a été déchirée par plusieurs conflits politiques sur fond de haine ethnique. Mais nulle part, on a relevé que la diversité des langues est à la racine des conflits. Ce n’est pas la multiplicité des langues locales qui déchire l'Afrique.

Ce n'est pas pour autant que le système éducatif africain hérité de la colonisation est un succès. Loin de là. Les statistiques bondissantes de la scolarisation en Afrique ne trompent personne. Le système éducatif africain ne forme pas des citoyens aptes à comprendre et à construire leurs pays. Et ce n'est pas fondamentalement une question de pédagogie, ni même une question de moyens. Sans minimiser les terribles incidences de la pénurie généralisée de personnels, d'infrastructures et de ressources financières, il faut reconnaître que la cause profonde de cet échec réside dans le monologuisme du système éducatif. L'école en Afrique francophone fonctionne toujours comme une machine à déraciner.

L'une des évolutions majeures des pays francophones du continent reste incontestablement l'ouverture démocratique. L'avancée est réelle. Mais les insuffisances sont criardes. Parmi elles, on ne peut nier l'incapacité des dirigeants à communiquer avec leurs électeurs. L'élite formée en français n'a pas encore appris à nommer et à analyser les réalités locales avec les langues locales. Le dialogue social est biaisé par le recours institutionnel au français.

C'est me semble t-il tout le contraire du projet francophone. Être francophone, ce n'est pas seulement parler français. C'est participer à un projet politique qui n'a de sens que s'il va dans la direction de la diversité culturelle. Cet  engagement-là, tous les Etats membres de la communauté francophone l'ont pris et maintes fois défendu au sein des instances internationales de l'Unesco.

Reste le passage à l'acte. Au niveau des états et des institutions comme au niveau des individus.

Pour l'élite africaine, être francophone aujourd'hui, ce n'est pas seulement travailler et créer en français ; c'est aussi accomplir comme un devoir d'ingratitude vis à vis de la langue française : en faire un outil pour la survie et la promotion des langues d'Afrique. C'est refuser le statut confortable de Wangrin, le fascinant personnage de l'interprète colonial crée par Amadou Hampaté Bâ.

C'est à ce prix que le français en Afrique va trouver sa vraie vocation de vecteur de liberté et d'humanisme.

Pour mieux connaître Alfred Dogbé

Cliquez ici