Gap -  Hautes-Alpes

Journal intime et politique Italie

Film "I cento passi"

 

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" I cento passi "

     de Marco Tullio Giordana,

           Italie, 2000, 

              Avec Luigi Lo Cascio, Luigi Maria Burruano, Lucia Sardo, Paolo Briguglia

Ce film a été présenté à Embrun,  au cinéma Le Roc et à Gap, au cinéma Le Club,
en présence de Beatrice Monroy et de Dominique Vittoz, à l'occasion de la parution de "Journal intime et politique Italie" co-édité par Littera 05 et HB éditions

Le sujet du film :

                   En 1960, repas de famille dans un village de Sicile. Peppino, un jeune garçon, est venu avec ses parents et son jeune frère. Peppino est très aimé de son oncle, présent lui aussi à cette réunion de famille. Son oncle va au cours du repas provoquer des membres de la mafia présents à la table de famille. Un peu plus tard, sa voiture explose, avec lui au volant.

  C'est pour Peppino l'évènement tragique qui va le faire entrer dans le monde des adultes, un monde de violence , géré par la mafia. C'est la loi du silence qui gère la ville de Cinisi. Les habitants se taisent, et avec eux son père lui aussi mafioso. Mais Peppino va refuser de franchir les "cent pas" qui séparent sa maison de celle du chef de la mafia, Tano Badalamenti.
Lui, jeune idéaliste, va se rebeller. Alors commencent les provocations : avec d'autres jeunes de la ville, Peppino va fonder un journal, faire des expositions dans la ville et surtout créer une radio pirate où les impertinences contre la mafia se multiplient. Son père essaie de le ramener dans "le droit chemin", de lui faire suivre la loi du père parce qu'il sait comme l'attitude de Peppino est dangereuse. Mais Peppino persiste avec sa bande de copains : ils vont faire de la lutte contre la mafia locale le point central de leur engagement. Ils n'hésitent pas à dénoncer la corruption, les dessous-de-table qui sont monnaie courante, et toutes les sordides magouilles que tous connaissent mais que chacun tait.

  Tout cela se fait dans une ambiance joyeuse et impertinente. Ces jeunes utopistes osent tout, un peu inconscients du danger. Pleins d'espoir, c'est un défi qu'ils lancent au monde, un défi qui va porter ses fruits. Les mafiosi du village commencent à  s'énerver et à comprendre qu'ils ne sont plus intouchables. La tension va monter, mais Peppino et sa bande refusent de plier ; au contraire Peppino fait un pas de plus en décidant de se présenter aux élections municipales de 1978. C'en est trop pour Tano, le chef de la mafia : le père de Peppino qui n'a pas su faire suivre à son fils la loi du père, sera le premier victime d'un accident provoqué avant que ce ne soit le tour de Peppino qui deux jours avant le vote, sera retrouvé sauvagement assassiné.

  Vingt ans plus tard, le Parquet de Palerme renverra Badalamenti devant la justice comme commanditaire de l'assassinat, mais le procès n'a toujours pas eu lieu...

Beatrice Monroy était une amie de Peppino. Elle nous en a parlé avec beaucoup d'émotion.

C’est une histoire que j’ai vécue hier… tous les gens qui sont morts avant lui, je ne les connaissais pas. Lui, Peppino, était un ami qui avait une dizaine d’années de plus que moi. Tout cela se passait dans les années 70 . Peppino va mourir le même jour que Aldo Moro, ce sont donc les années des Brigades Rouges ; pour nous ce sont les années de la grande révolte, de la désorganisation de la gauche et du gauchisme.

Peppino était un garçon qui avait une grande joie de vivre, un garçon d’une étrange liberté. On savait bien que sa famille avait des liens avec la mafia mais il n’en parlait pas. Il a été tué parce que, fils de mafioso, il avait trahi sa famille. Il était d’une famille qui faisait parti d’un clan de la mafia, donc il devait continuer. C’est la loi du père. On a d’abord tué le père puis le fils. Il y a un petit indice qui montre que le père a bien été assassiné : au moment où Peppino est condamné, son père va aux Etats-Unis trouver un cousin qui est un homme très puissant, chef de la Cosa nostra américaine. Celui-ci donne au père un cadeau pour Tano (un cousin chef mafioso à Palerme). Mais celui-ci va refuser le cadeau quand le père vient le lui donner, ce qui veut dire que le fils est définitivement condamné mais également le père qui n’a pu ramener son fils dans « le droit chemin ». C’était la loi barbare de la mafia il y a trente ans, une loi différente maintenant. Peppino est tombé dans le jeu de la mafia. Il pensait pouvoir changer la Sicile et personne n’a compris le péril. Au départ quand Peppino a été tué, on a cru d’abord à un accident puis on a vu les indices de l’assassinat.

Pour moi c’était la première fois que je comprenais que la mafia pouvait me toucher. Moi, je venais d’une famille d’intellectuels, mon père était professeur d’université et il n’y a jamais eu de mafioso dans ma famille. A la mort de Peppino, tout a changé et j’ai compris qu’il s’agissait d’une guerre et qu’il faudrait faire la guerre pour être sicilien. Il s’agissait d’une guerre civile et je l’ai compris aux funérailles de Peppino.

Felicia, la mère de Peppino a vécu jusqu’à l’année dernière. C’était une femme extraordinaire qui a porté sa croix avec une grande dignité. Elle a mis à la porte tous les membres de la famille de son mari. C’est elle qui a mené le grand combat pour la vérité, qui a écrit un livre publié il y a une dizaine d’années.

La Sicile d'aujourd'hui est-elle semblable à celle de cette époque ?

Cette Sicile n’existe plus ; la Sicile s’est modernisée à une vitesse extraordinaire. Il y avait une mafia traditionnelle, celle de la campagne, très violente, très sauvage, liée à cette culture du Sud de la Méditerranée, la loi du père par exemple, une culture que l’on trouve dans le Sud de l’Italie ou en Afrique du Nord, cette culture de la famille exaspérée. Après la guerre les gens de la mafia sont devenus très riches et leurs fils ont fait des études à l’étranger, devenant des personnes d’une grande modernité. La mafia est devenue une sorte de multinationale qui a un petit état, la Sicile, où tout est possible, avec une capitale Palerme, capitale mondiale de la mafia. Avec cependant une particularité, c’est que maintenant en Sicile tout le monde parle de la mafia ; des manifestations sont organisées dans les rues contre la mafia… Il n’y a plus le silence. Mais ça ne change rien : tout le monde parle mais la Sicile est devenue le territoire de la mafia, avec un régime totalitaire. On fait partie de l’état italien mais la Sicile a le contrôle du territoire, et ce contrôle c’est le racket.
Quand il y a eu les grands massacres, celui du juge Falcone en particulier, Palerme s’est rebellée.

 Pourquoi l’état italien ne fait-il rien ?

Le problème n’est pas sicilien ; la Sicile est un état sicilien  à l’intérieur d’un état démocratique qui est lui-même à l’intérieur de la communauté européenne qui se dit aussi démocratique. Je me demande pourquoi on fait toutes ces démonstrations contre la Turquie qui a encore la peine de mort mais on n’a jamais fait de démonstration contre l’Italie qui a encore un état qui pratique la peine de mort. Mais il y a une différence, c’est que la Sicile est un endroit stratégique pour tous sortes de trafics comme Panama. C’est en Sicile que débarquent les Africains clandestins, et les enfants qui seront victimes du trafic d’organes pour toute l’Europe. Dans l’Europe démocratique, c’est le lieu où on peut tout faire. Il est permis d’avoir les mains sales. De plus la Sicile est une île.

Que peut l’écrivain ? et que faites-vous à Palerme ?

L’écrivain écrit. L’intellectuel est celui qui n’a pas peur de dire ce qu’il pense, comme Pasolino par ex. La force de l’écriture est énorme. J’essaie dans mon petit monde, à Palerme, de faire pareil. Dans un petit espace, je fais des activités d’écriture, de littérature, de lecture : on lit par ex les grands romans… Ce qui est le plus important c’est de faire les choses dans la légalité. C’est une révolution. C’est parfois dangereux, quand on passe la frontière mais on ne sait pas quand on passe la frontière …

... sinon on se baigne, on cueille le jasmin, on prend le soleil …


 A l' occasion de la parution de "Journal intime et politique Italie"
Littera 05 a organisé des rencontres dans le cadre de « Lire en fête » :

Conférence de Marc Lazar       

Table ronde avec l'auteur Beatrice Monroy et la traductrice Dominique Vittoz

Projection du film "I cento passi" suivie d'un débat avec  B. Monroy

Quelques éléments de la biographie des auteurs et de courts extraits du livre