Gap -  Hautes-Alpes

Journal intime et politique Italie

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 Quelques éléments de biographie des auteurs

et des courts extraits du "Journal intime et politique italie"

 Antonella Cilento :

Antonella Cilento  est née à Palerme  en 1970. Romancière, elle a obtenu le prix Calvino pour son roman Ora d’aria  en 1998, et le prix Fiesole pour un autre roman, Una lunga notte en 2002. En 2004, elle publie Neronapoletano . Elle a publié de nombreux récits dans des revues et écrit dans différents journaux. Ses textes théâtraux ont été montés et présentés à  Rome, Naples et Gênes. Elle a publié un pamphlet sur les rapports entre la politique et la culture à Naples.
Elle a animé des ateliers d’écriture à Naples de 1993 à 2003 dans des librairies de la ville, dans différentes écoles et associations. Cette activité de formation et cette expérience de « l’écriture créative » l’a amené en 2000 à publier un livre sur ce thème : « écrire : guide aux mondes de l’écriture ».


 Dominique Vittoz dans la Préface du "Journal intime et politique italie", nous présente Antonella Cilento :
Antonella Cilento écrit à Naples. Son Journal s’insurge et proteste. Elle y témoigne des contradictions dans la politique de la ville, de leurs retombées dans la vie quotidienne et dans les activités culturelles qui assurent sa subsistance de femme de lettres....

Extrait du "Journal intime et politique italie"écrit à Naples par Antonella Cilento :

... La camorra, comme s’appelle la mafia de Naples, est un style de pensée.
Style de pensée aussi que l’usure familiale, le racket bureaucratique, les coups de pouce, les protections, les remises de peine (qui pour les abus immobiliers est effacement pur et simple : nous sommes le pays de Cesare Beccaria, mais aussi de Silvio Berlusconi).
Style de pensée que les pots de vin, le dîner intéressé, l’argent donné de la main à la main, l’impôt sur l’amitié utile, le mot qu’on glisse au bon moment, l’introduction auprès des bonnes personnes, la poignée de mains crapuleuse.
L’Italie de droite et du centre est coutumière depuis toujours de ce style de pensée du passe-droit, au-dessus des règles sociales, mais l’Italie de gauche n’y renonce pas davantage.Quand elle ne s’y conforme pas, devenant plus mafieuse que l’autre Italie, elle répond tout au plus par un intégrisme bien-pensant qui transfère les logiques équivalentes au plan de l’abstraction : l’intellectuel de gauche italien, du moment qu’il ne peut plus s’en prendre à la réalité puisqu’il se sent incapable de la juger comme de la redresser, tourne ses foudres vers l’imagination, déplace son champ d’action vers les livres ou le cinéma.
Ces jours-ci par exemple, les polémiques vont bon train sur le destin des personnages de films récents : Match Point de Woody Allen et La terra de Sergio Rubini.
Ces deux films laissent les coupables impunis, pour des raisons différentes. Les intellectuels d’une certaine gauche italienne perdent leur temps à évaluer si et dans quelle mesure cela contribue à l’éducation du spectateur.  Ils ne se placent plus devant l’œuvre d’art comme devant un objet qui, comme disait Tchekhov,  pose des questions sans donner de réponses, appliquant la morale à la réalité, mais, inertes et impuissants, ils appliquent la morale de la règle sociale à l’œuvre d’art.
Bref, l’Italie confond, depuis de nombreuses années, la théorie et la pratique. Un héritage mal digéré des années soixante-dix, peut-être, quand la théorie politique devenait un langage antagonique de la réalité. Maintenant, et c’est paradoxal, il arrive que les langages de la fiction remplacent ceux de la réalité, c’est ainsi par exemple que notre premier ministre peut raconter aux Américains, publiquement, une blague ridicule sur son enfance qui ressemble à un finale de film hollywoodien où le père dit à son fils, en montrant les tombes des soldats américains tombés pendant la Seconde Guerre mondiale, que la dette de l’Italie envers l’Amérique sera éternelle.
Comment en sortir ? Les écrivains et les réalisateurs continuent à faire leur métier et, paradoxalement, ils doivent s’occuper encore davantage de la réalité, puisque les hommes politiques et la masse des gens vivent, et font vivre au pays, une situation irréelle.
Dans notre pays, les ânes volent, les poules aussi et parfois, quand le dialogue social n’est pas en panne, les avions aussi…

   Beatrice Monroy :

Beatrice Monroy est née à Palerme en 1953. Dans les années 70, elle fréquente à Naples les milieux liés à "la nouvelle scène". Elle prend ensuite à Palerme des cours de théâtre puis à Rome, des cours de mime, avec le mime Marceau, et de mise en scène. Cette formation l'amène à écrire des textes pour le théâtre et à travailler pour la radio et la télévision en tant que réalisatrice.
Elle dirige actuellement à Palerme la « libre école d’écriture » qui est née il y a une dizaine d’années comme « atelier expérimental d’écriture créative ». Ses textes (nouvelles, théâtre) sont publiés par de petits éditeurs indépendants. Elle organise chaque année à Palerme, de grandes manifestations littéraires intéressant un large public.

Dominique Vittoz dans la Préface du "Journal intime et politique italie", nous présente Beatrice Monroy :
Beatrice Monroy écrit à Palerme. La ville odorante de jasmin lovée sur la mer nous explose au visage. Les parcours de Beatrice s’enfoncent dans le vif d’un corps social pathologiquement innervé par la violence mafieuse, le favoritisme politique et l’intérêt privé, pratiques anti-démocratiques de longue date où le berlusconisme s’est tout naturellement coulé(...)

Extrait du "Journal intime et politique italie" écrit à Palerme par Beatrice Monroy :   

... Un jour vous traversez une frontière et vous ne savez pas quand vous l’avez traversée, vous ne savez pas où était la frontière, vous ne savez pas ce que vous avez fait pour la traverser. Peut-être, en fait, n’avez-vous traversé aucune frontière, mais il plaît à certains de vous voir maintenant de l’autre côté, et de vous juger en ennemi. Et vous entrez dans la paranoïa de la culpabilité au lieu de comprendre, simplement et lucidement, que vous plongez ainsi justement dans cette arriération qui génère la mentalité mafieuse, que c’est déjà mafieux. Le Grand Cauchemar. La mafia est la culture du soupçon, c’est organiser quelque chose qui vous situe en dehors, c’est la trahison dans le travail, dans l’amitié, pour vous placer ensuite dans la condition psychologique de vous estimer vous-même coupable et donc de mériter une punition. Un système psychologique utilisé depuis toujours dans les régimes autoritaires. J’ai cinquante ans, les années qu’il m’a fallu pour comprendre cet enfer.
            Bourgeoisie opulente à l’argent facile, embrumée, sourde, complice.
            Elio, heureux d’être publié, m’apporte une orchidée pour me remercier de l’avoir aidé à trouver un éditeur.
            Dans mon quartier, la ville se donne des allures européennes, nous sommes submergés par les immondices, mais les villas art nouveau sont vraiment belles et le parfum des jasmins est partout.
            Le jasmin l’emporte sur les immondices.
            Chaque soir, j’emmène Luna faire ses besoins dans le petit jardin, avec ma petite pelle, tout bien comme il faut. Luna court sous les palmiers, creuse un peu la terre, flaire. Là-bas, derrière le jardin, il y a toujours la même voiture et à l’intérieur une jeune femme très triste qui pleure.
            Que fait-elle chaque soir à huit heures dix ? qu’attend-elle ? ...

Marcello Fois :


Marcello Fois est né à Nuero en Sardaigne en 1960.
C'est dans cette région que se déroulent ses romans noirs.
Mais de polars, ses livres n'en ont que l'aspect. Car ce qui l'intéresse, c'est de nous faire découvrir son île, terre rude et austère qu'il fait surgir à travers les paysages qu'il décrit, et aussi les portraits de ses personnages.
Il évoque son pays natal dans une écriture où il mêle italien et dialecte sarde, dans une prose exotique qui fait sentir toute la complexité du contexte sarde, pris entre passé et modernisme.

Dominique Vittoz dans la Préface du "Journal intime et politique italie", nous présente Marcello Fois :
Marcello Fois écrit hors de Sardaigne. Son Journal est une occasion de cosmogonie littéraire et politique personnelle qui accompagne l’écriture de son dernier roman, Memoria del vuoto achevé pendant les deux mois de rédaction du Journal, et envahissant péremptoirement son espace(...)

Extrait du "Journal intime et politique italie"écrit à distance de sa Sardaigne par Marcello Fois :

...Mon cher Georges W., merci ! Merci de tout cœur. Je t’écris pour m’excuser de mon coup de fil de l’autre soir. On oublie tout. Mais, bon, de ton côté aussi… Tu savais dans quelles conditions je me trouvais, avec mes voisins qui se moquaient de moi. Dans le quartier, ça jasait, surtout Jacques et Tony qui se taisaient dès qu’ils me voyaient arriver, d’abord bla bla bla et puis quand j’arrivais, plus rien, muets : un qui prenait un air détaché et l’autre qui se grattait ou regardait ailleurs. Bref, une mauvaise période. Si bien que je me suis dit : si ça se trouve, ces deux-là savent quelque chose que j’ignore. Tu te rends compte : ils ne m’ont même pas invité à la réunion de co-propriété de l’Europe, ce n’était pas vrai que je n’avais pas voulu y aller, ils ne m’avaient pas invité, voilà, sauf que je ne l’ai pas dit, mais à toi, je ne vais pas le cacher. Je ne peux rien te cacher. Tu lis à l’intérieur de moi, tu sais comme je peux souffrir les milliardaires. Et puis, il y avait cette histoire de sondages : une chute de popularité de trois points, c’est pas rien ! C’est obligé que je chute, je chute en tout, sauf en poids. J’attendais un signal de toi, je suis même venu te voir et on ne peut pas dire que ce soit donné ! Mais toi aussi, tu aurais pu te décider à m’appeler plus tôt. Toutes ces fois où je te demandais de me laisser faire la guerre, et toi toujours non, que ce n’était pas nécessaire etc. Tu crois que c’est correct ? Me faire ça à moi, qui t’aime si profondément ? Je ne te demandais pas d’être en première ligne, tu sais qu’être à tes côtés me suffit, en silence, à l’arrière… C’est pour ça que l’autre soir au téléphone, j’ai éclaté, ne m’en veux pas, maintenant tout va bien, dès que mes gars seront partis te rejoindre à la guerre, tu verras que les sondages ici, à l’étage Italie, remonteront : si Cavour s’en est sorti avec la Crimée, je peux y arriver moi aussi, qu’est-ce que Cavour avait de plus que moi ? Maintenant tout est rentré dans l’ordre, Jacques et Tony vont se mordre les doigts d’avoir fait leurs bêcheurs. Moi, j’ai suivi ton conseil : ma statue équestre en condottiere est presque finie, et mon portrait casqué à accrocher aux murs des écoles et des administrations est déjà prêt, ma femme, qui te salue affectueusement, en est folle…

Laura Pariani :

Laura Pariani est née en Lombardie en 1951. Diplômée d’histoire de la philosophie, elle publie depuis 1993 des romans et des recueils de nouvelles. Nourrie de tradition orale paysanne, liée à l’Argentine terre d’émigration, elle réussit à unir particularismes régionaux et cosmopolitisme. Son œuvre, déjà importante et l’originalité de sa démarche la placent parmi les écrivains de référence en Italie aujourd’hui. Elle a publié de nombreux livres et obtenus de nombreux prix.    

Dominique Vittoz dans la Préface du "Journal intime et politique italie", nous présente Laura Pariani :
Laura Pariani écrit entre Lombardie et Argentine. Mais son Journal est d’abord un berceau, un foyer domestique où la mémoire imprègne sol et plafond, l’enfance flotte dans toutes les pièces et le travail de création et d’écriture chemine avec la même persévérance que les gestes répétitifs et nécessaires des petites tâches quotidiennes(...)

 
Extrait du "Journal intime et politique italie" écrit entre Lombardie et Argentine par Laura Pariani :

...Les journaux parlent de troubles survenus en Patagonie, dans la zone des puits de pétrole de l’État de Santa Cruz. Je décide d’y aller : c’est une région que je ne connais pas et ce sera peut-être l’occasion d’un article pour un journal d’Europe. Dans la série : « il  faut bien que je gagne ma croûte et que je finance ce séjour argentin ».

 Dieu sait pourquoi, quand je pars, je me sens toujours plus légère, la tête libre et vagabonde. Déjà, je réduis mes besoins au peu que contient un bagage à main, mais cette légèreté vient aussi de ce que je laisse derrière moi les pesanteurs du quotidien. Et alors, chaque fois que je pénètre dans l’immense hall de la Estación de ómnibus de Buenos Aires – quand je tourne le dos à la présence obscure du port que murs et barbelé soustraient à la vue – je m’étonne de sentir que ma vie se transforme en une page blanche, prête à enregistrer les surprises et les stimulations de sensations nouvelles, d’un paysage différent, la rencontre inattendue avec un inconnu. Car si je regarde la foule qui se presse dans la gare du Retiro, avec valises et sacs à dos, il ne m’en faut pas beaucoup – un regard, une façon de rire ou de se cacher derrière des lunettes noires, les sous-entendus d’une phrase cueillie au vol – pour éveiller mon imagination. ...

Antonio Pascale :

Est né à Naples en 1966; il a vécu à Caserte avant de s'installer à Rome où il travaille actuellement. C'est une des voix les plus originales du roman italien d'aujourd'hui.
Deux de ses livres ont été traduits en français :
- La ville distraite - Le Seuil, 2006
- L'entretien des sentiments - Le Seuil, 2006

Dominique Vittoz dans la Préface du "Journal intime et politique italie", nous présente Antonio Pascale :
Antonio Pascale écrit dans la capitale de l’Italie, le cœur de la nation, la ville centre. Or dès les premières lignes son Journal récuse toute centralité éclairée. Connaisseur un tantinet affligé des mécanismes de l’administration centrale dont il est fonctionnaire, Pascale retourne contre la bureaucratie italienne, une des plus lourdes d’Europe, son esprit pointilleux(...)

Extrait du "Journal intime et politique italie"écrit à Rome par Antonio Pascale :

            ... Quand j’ai été embauché au ministère, des jours durant on ne m’a rien donné à faire. Je suis allé voir le chef et lui ai alors demandé : « S’il vous plaît, trouvez-moi quelque chose à faire ». J’avais vingt-deux ans. Mon chef était derrière son bureau, il a tendu la main et pris un brouillon de circulaire. Il m’a demandé de la lire et de lui donner un avis sincère : était-ce clair ou non ? Je me suis mis à lire, et bien que j’eusse pris des notes, bien que j’eusse un feutre pour souligner, dès la première ligne j’avais perdu de vue le sujet. Avec en plus des incises, des digressions, alinéas A1 et A2 et alinéas a1 et a2, et ainsi de suite. J’ai dû aller voir mon supérieur, m’éclaircir la voix, et lui dire : « Je n’ai rien compris ». Et lui de me répondre : « Bon, alors c’est parfait ! »

J’avais reçu ma première leçon. Les lois ne doivent jamais être claires, toujours ambiguës. Si elles sont claires, les autres acquièrent du pouvoir, tandis que si elles sont ambiguës, l’autorité, et donc le pouvoir d’interprétation finale reste au ministère. Interprétation qui d’ailleurs change selon les cas, en fonction de l’alternance politique. Si cela n’est pas une métaphore de l’Italie, alors dites-moi ce que c’est. ....

 A l' occasion de la parution de "Journal intime et politique Italie"
Littera 05 a organisé des rencontres dans le cadre de « Lire en fête » :

  Conférence de Marc Lazar       

  Table ronde avec l'auteur Beatrice Monroy et la traductrice Dominique Vittoz

  Projection du film "I cento passi" suivie d'un débat avec  B. Monroy

  Quelques éléments de la biographie des auteurs et de courts extraits du livre