Gap -  Hautes-Alpes

Journal intime et politique

Algérie 40 ans après

Maïssa Bey

 

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Après des études de Lettres françaises à l'université d'Alger, Maïssa Bey a longtemps enseigné le français avant d'être conseillère pédagogique à l'ouest de l'Algérie où elle réside.Elle écrit depuis toujours et a publié son premier roman en 1996.

Maïssa Bey est cofondatrice et présidente d'une association de femmes algériennes , "Parole et écriture", au sein de laquelle elle anime des ateliers de lecture et d'écriture; elle participe à la revue "Etoiles d'encre, revue de femmes en Méditerranée".

Elle a collaboré également à de nombreux ouvrages collectifs, des recueils de nouvelles, dont plusieurs ont fait l'objet d'adaptations théâtrales.

Elle écrit, dit-elle notamment, parce qu'elle ne veut plus se contenter d'être le témoin passif d'une histoire dont le déroulement violent interpelle toutes les consciences.

Oeuvres publiées

"Pierre sang papier ou cendre", L'Aube, 2008

"Bleu blanc vert", roman, Ed. de l'Aube, 2006

"Cette fille-là", roman, Ed. de l'Aube, 2006

"Surtout ne te retourne pas", roman, Ed. de l'Aube, 2005

"L'ombre d'un homme qui marche au soleil - Réflexions sur Albert Camus", Ed. Chèvre Feuille, 2004

"Sous le jasmin la nuit", nouvelles, Ed. de l'Aube et Ed. Barzakh, 2004

"Entendez-vous dans les montagnes..." récit, Ed. de l'Aube et Ed. Barzakh, 2004

"Au commencement était la mer",roman, Ed. Marsa 1996 - Ed de l'Aube poche, 2003.

"Cette fille-là" , roman, Ed de l'Aube, 2001 - Prix Marguerite Audoux.

"A contre silence" , recueil d'entretiens et de textes inédits - Ed. Parole d'Aube, 1999.

"Nouvelles d'Algérie", Ed Grasset, 1998 - Grand prix de la nouvelle de la Société des Gens de Lettres.

Extrait du "Journal intime et politique"

"Faut-il aller chercher des rêves ailleurs que dans la nuit?" (extrait)

Maïssa Bey

Retour vers le passé.
Chaque voyage à Ténès me replonge dans mon enfance. Il y a d'abord l'odeur de la maison. Cette odeur qui nous assaille dès l'entrée, toujours la même, que l'on retrouve partout, même dans les draps que l'on déplie le soir. Puis, sous mes pieds nus, les fêlures du carrelage. Le bruit des volets qu'on ouvre et l'irruption de la lumière qui redonne vie aux lieux. Les retrouvailles : dans le fouillis odorant du jardin, le grenadier déjà chargé de fruits, et dans le garage immense et poussiéreux, l'incroyable tumulte des pigeons et des colombes qui ont élu domicile entre les solives.
Dans les armoires que j'ouvre tout de suite, les documents de mon grand père, ses livres soigneusement recouverts de papier kraft, son écriture sur chaque couverture, ses dossiers, ses cahiers et carnets de poèmes en arabe et en français. Mon grand père était aussi poète, grand traqueur de rimes. Là, des dossiers relatifs à des litiges datant de l'époque où il était Cadi-Notaire. Ici, tout en haut, des livres de droit musulman, très anciens, reliés or et cuir, disposés dans un ordre minutieux que personne n'a osé déranger depuis tant d'années. Je les ouvre et les manipule avec respect, mais également avec un grand regret, celui de ne pouvoir les lire qu'avec beaucoup de difficulté.
Dans la chambre à coucher, dans le salon, les bibelots sont toujours à la même place. Les patrons de couture de ma grand-mère rangés dans une boîte en carton, cachés au fond d'une armoire, à côté des coupons de tissu qu'elle accumulait sans avoir eu le temps ou l'envie ou la force de les couper. Sa machine à coudre. Ses lunettes dans le tiroir de sa table de nuit. Sur les rayons des étagères recouvertes d'un rideau aux motifs maintenant délavés, des boîtes de chaussures pleines des cartes postales que nous leur envoyions lorsque nous, les enfants, visitions des pays étrangers. Les photos des enfants, petits-enfants et arrières petits-enfants dans des cadres dorés sur la coiffeuse et sur les étagères du bureau.
Mes enfants n'ont pas cette curiosité, cette avidité qui est la mienne de retrouver les traces de vie des êtres qu'ils ont à peine connus. Ils vont tout de suite à la plage.
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