Gap -  Hautes-Alpes

Journal intime et politique

Algérie 40 ans après

Boualem Sansal

 

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Algérien francophone, Boualem Sansal a fait des études d'ingénieur, puis obtenu un doctorat d'économie.

Il a été haut fonctionnaire au ministère de l'industrie. En 2003, il est limogé de son poste en raison de ses prises de position critiques sur l'arabisation de l'enseignement et l'islamisation de l'Algérie.
Il v
it à Boumerdès, près d'Alger.

Oeuvres publiées

"Le village de l'Allemand ou le journal des frères Schiller", Gallimard, 2008

"Petit éloge de la nostalgie" - Ed. Gallimard, Janvier 2007

"Lettre ouverte à mon pays" - Gallimard, Coll. Hors série connaissances, 2006

"Harraga", Gallimard, 2005

"Dis-moi le paradis", Gallimard, 2003

"L'enfant fou de l'arbre creux", roman, Ed. Gallimard, 2000

"Le serment des barbares", roman, Ed. Gallimard, 1999

 

Extrait du "Journal intime et politique"

"L'âge de raison"

Boualem Sansal

... Je vais pouvoir réfléchir. Qu'est-ce qu'on pouvait faire de bien raisonnable ou de très intelligent, en quarante ans ? Posée ainsi la question est délicate. Rappeler les Pieds-Noirs eut été génial mais qui l'aurait admis ? Avec dix, douze pour cent de chrétiens et de juifs parmi nous, sous l'oeil vigilant de la France et de l'Union européenne, l'un en soutien de l'autre, la charia était inapplicable, nous aurions versé dans le cosmopolitisme, nous aurions bâti un islam sympa, fraternel, la tolérance aurait été de mise, la démocratie, le jeu, le sport &et euh, bon, ça c'est la théorie, en pratique, on les aurait pris en grippe, on aurait vu des pogroms, des chasses à l'homme, des injustices flagrantes, des vengeances colossales, l'Algérie n'est pas la Tunisie, encore moins le Maroc. Nous n'avons pas leur esprit de composition, nous on discute après la guerre, sur les cendres de l'ennemi. Et qui aurait accepté de leur restituer leurs biens, hein ? C'est un gros problème. Euh & Hum & Mm ! & voyons la question autrement. Quelles abominations aurions-nous pu éviter de faire ? On en a commis pas mal, choisir n'est pas facile. Il faut un mois pour les lister, or il me reste deux jours de congé. Sous cette contrainte de temps, je vois deux belles merdes : L'arabisation et l'ouverture de nos écoles aux pseudo-enseignants du Moyen-Orient venus en masse nous évangéliser comme si nous étions des canards sauvages et des brebis galeuses. Nous avons vécu plus d'un siècle avec les Français, des chrétiens, des hébreux, des athées, des rebelles à Allah, nous avons respiré le même air qu  'eux, nous étions contaminés, perdus, il n'y avait que le feu, le sang, pour nous sortir de là. Le reste est venu de lui-même : l'islamisme, le retour du tribalisme, au nomadisme, le clanisme, le racisme, le terrorisme, l'esclavagisme, le bazar, l'urbanisme sauvage, l'amour de la grandiloquence oiseuse. Ah oui, ça aussi, nous aurions dû mettre le FLN au musée et jeter la clé dans les oubliettes de l'histoire, le lendemain de l'indépendance ! On ne construit pas un pays avec des libérateurs mais avec des hommes libres. Tel est d'ailleurs le nom originel des habitants de ce pays : les Imazighen, les Hommes Libres.